Dans l'Amérique de Trump, «The Handmaid's Tale : La Servante écarlate» est plus pertinente que jamais

CULTURE 30 ans après la dystopie féministe de Margaret Atwood, l’adaptation de Hulu arrive sur OCS Max ce mardi...

Philippe Berry

— 

Elisabeth Moss (à droite) dans la série de Hulu «The Handmaid's Tale».

Elisabeth Moss (à droite) dans la série de Hulu «The Handmaid's Tale». — HULU/MGM

« J’étais endormie. On n’a pas levé les yeux de nos téléphones jusqu’à ce qu’il soit trop tard. » C’est le moment pivot du premier épisode de The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate, l’épatante série du service de streaming américain Hulu, qui débarque sur OCS Max mardi. Elisabeth Moss (Mad Men, Top of the Lake) explique comment personne n’a vu venir le coup de force des Fils de Jacob, qui a renversé le gouvernement américain pour instaurer une dictature théocratique dans laquelle les dernières femmes fertiles sont réduites au rôle de poule pondeuse. Et dans l’Amérique de Donald Trump, la vision dystopique du livre de Margaret Atwood, publié en 1985, résonne plus que jamais comme une mise en garde.

« Guerre contre les femmes »

Donald Trump ne semblait pourtant pas avoir de grandes chances de gagner quand le projet a commencé il y a 18 mois. « Par certains côtés, c’est une heureuse coïncidence », estime Warren Littlefield, qui a supervisé la création des plus grands succès de la chaîne NBC dans les années 1990 (Seinfeld, Friends, Urgences, The West Wing). Le producteur exécutif de Fargo et de The Handsmaid’s Tale, se reprend aussitôt : « Heureux n’est pas le bon mot, je préférerais que nous ne soyons pas aussi pertinents. »

Le producteur cite la montée de l’alt-right, qui revendique haut et fort sa xénophobie et son sexisme, illustrés par la campagne de harcèlement contre l’actrice Leslie Jones. Les républicains, eux, ont déclaré la guerre au Planning familial et rêvent que la Cour suprême revienne sur le droit à l’avortement. Et en pleine « guerre contre les femmes », l’Amérique a élu un président qui s’est vanté de pouvoir « les attraper par la chatte » en toute impunité. « Comme le dit Margaret, c’est quand on croit qu’on a enfin gravi la montagne de l’égalité que le retour de bâton est le plus fort », conclut Littlefield.

Actrices all-star

Le spectateur vit la série à travers les yeux d’Offred (« De Fred »), jouée par Elisabeth Moss, promise à l’Emmy de la meilleure actrice grâce à sa présence magnétique. On ne peut pas détourner les yeux quand sa fille se fait enlever, puis, quand son maître, Fred (Joseph Fiennes), un des cadres du régime de Gilead, la viole chaque mois pendant que sa femme stérile (Yvonne Strahovski) lui tient les mains, dans un acte de procréation à trois inspiré par l’histoire de Rachel et Jacob dans l’Ancien Testament.

La série partage de nombreux points communs avec The Man in the High Castle. Comme l’uchronie de Philip K. Dick, adaptée en 2015 par Amazon, The Handmaid’s Tale est avant tout une histoire de résistance dans un monde alternatif, et son rythme haletant tient le spectateur accroché à son siège. Mais si le succès est total, c’est parce que les personnages créés par Margaret Atwood sont plus complexes que chez K. Dick, et ils sont portés par des actrices all-star. Elizabeth Moss, bien sûr, mais aussi Alexis Bledel, ressuscitée par le revival de Gilmore Girls. Il y a surtout Ann Dowd, l'ex-cheffe de la secte des Guilty Remnant, Patti Levin, de The Leftovers, campe ici une impitoyable maîtresse des servantes, complice inexcusable de leur exploitation mais qui reste fondamentalement attachées à « ses filles ».

The Handmaid’s Tale pourrait n’être qu’un divertissement de qualité mais les courts flash-back sur la vie d’avant tellement normale d’Offred ancrent un peu plus la série dans la réalité. Il y a cependant une différence majeure entre nos deux mondes : alors que plus d’un million d’Américaines ont marché pour l’investiture de Donald Trump, les femmes ont prouvé qu’elles sont loin d’être endormies.