Plus nombreux sont les petits astéroïdes géocroiseurs. Environ 6.000 objets ont été répertoriés autour de la Terre, avait mis en garde dès 2008 l'Association des explorateurs de l'espace (ASE), fondée par M. Schweickart, en présentant un rapport intitulé : "La menace des astéroïdes : appel à une réponse globale".
Plus nombreux sont les petits astéroïdes géocroiseurs. Environ 6.000 objets ont été répertoriés autour de la Terre, avait mis en garde dès 2008 l'Association des explorateurs de l'espace (ASE), fondée par M. Schweickart, en présentant un rapport intitulé : "La menace des astéroïdes : appel à une réponse globale". - ESA / AFP / Archives

Propos recueillis par Philippe Berry

Mardi, l'entreprise Planetory Resources a annoncé un ambitieux plan dont l'objectif final est de devenir la première compagnie minière de l'espace, en exploitant les ressources des astéroïdes géocroiseurs (dont l'orbite passe près de la Terre). Phil Plait, qui a travaillé plus de 10 ans avec Hubble et tient désormais le blog Bad Astronomy pour le magazine Discovery, explique pourquoi le projet n'est pas aussi fou qu'il en a l'air.

Vous êtes en général un grand sceptique. Pourquoi un optimisme prudent ici?

Car Planetory Resources n'a pas dit «nous allons établir une mine sur un astéroïde». Ils ont présenté une série d'objectifs intermédiaires ambitieux mais réalisables pour, si tout va bien, réussir à terme à exploiter de telles ressources.

 

Mais n'est-ce pas seulement lors de la dernière étape que des revenus pourront être générés?

Pas seulement. D'abord, d'ici deux ans, ils veulent déployer une flotte de télescopes à basse altitude, profitant du lancement d'autres fusées pour diminuer les coûts. Ces instruments auront pour mission de cartographier les astéroïdes voisins, mais ils pourront être braqués vers la Terre et être monétisés. La somme sera faible, mais c'est un début. Ensuite, avant d'extraire des minerais précieux, il sera plus simple de récolter l'eau présente dans de nombreux astéroïdes. Faire décoller un kilo de matériel, comme un litre d'eau, coûte environ 10.000 dollars. Si une entreprise parvient à l'extraire directement dans l'espace et à l'acheminer vers une station de ravitaillement (ou vers l'ISS), cela représentera une source de revenus substantielle.

 

L'entreprise n'a pas vraiment précisé comment elle comptait «miner» un astéroïde...

Car la technologie n'est sans doute pas encore arrêtée. L'avantage d'un plan incrémental comme celui-là, c'est que Planetory Resources se donne potentiellement les moyens de déployer l'infrastructure nécessaire à son but ultime, avec une technologie qui sera prête quand le moment de l'utiliser sera venu.

 

Les coûts initiaux ne seront-ils pas trop prohibitifs?

Les investisseurs qu'ils ont rassemblés semblent souscrire à une vision de long terme et n'attendent pas un retour sur investissement immédiat. Il faut préciser qu'on parle d'astéroïdes géocroiseurs: beaucoup sont plus accessibles que la Lune. Et il est également possible de «pousser» un astéroïde pour que son orbite s'approche de la Terre.

 

Cela semble une idée parfaite pour jouer à Armageddon...

Sur le papier, mais on maitrise bien de telles équations pour synchroniser des rendez-vous à grande vitesse. On le fait déjà avec des sondes.

 

Imaginons que Planetory Resources réussisse son but ultime. Si je me pose sur un astéroïde, m'appartient-il?

Ça sera un débat intéressant. Il y a de vieux traités en place spécifiant qu'aucun pays ne peut posséder un objet dans l'espace. Mais pour une entreprise privée qui clamerait un droit d'exploitation, c'est moins clair.

 

Exploiter ces ressources est-il indispensable pour poursuivre l'exploration spatiale?

Absolument. Pour envoyer un homme sur Mars ou d'abord sur un astéroïde, il faut du carburant, de l'eau (notamment pour se protéger des radiations, ndr). Dans cette optique, une collaboration entre les agences gouvernementales et des entreprises privées est la voie à suivre.

 

Certains estiment que l'exploration humaine n'est pas nécessaire et que des machines suffisent...

Ils ont tort. A moins de progrès majeurs en robotique, l'humain garde l'avantage. Et il ne faut pas sous-estimer notre nature profonde: nous sommes avant tout des explorateurs.