Toutes voiles dehors, la goélette Tara tire ses derniers bords dans le Golfe de Gascogne avant son retour samedi à Lorient, son port d'attache, et la fin de l'expédition Tara-Océans, consacrée pendant deux ans et demi à la première étude planétaire intégrée du plancton.
Toutes voiles dehors, la goélette Tara tire ses derniers bords dans le Golfe de Gascogne avant son retour samedi à Lorient, son port d'attache, et la fin de l'expédition Tara-Océans, consacrée pendant deux ans et demi à la première étude planétaire intégrée du plancton. - Julien Girardot afp.com

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Toutes voiles dehors, la goélette Tara tire ses derniers bords dans le Golfe de Gascogne avant son retour samedi à Lorient, son port d'attache, et la fin de l'expédition Tara-Océans, consacrée pendant deux ans et demi à la première étude planétaire intégrée du plancton.

Depuis La Corogne, dernière escale du voilier, en Galice, Tara s'est muée en académie scientifique navigante avec l'embarquement, pour les derniers milles, des "têtes pensantes" qui ont présidé à la réalisation de cette expédition, étape décisive dans l'histoire de la prospection scientifique marine.

Ils sont trois, tous directeurs de recherche au CNRS.

Eric Karsenti, 63 ans, baptisé Neptune avec son épaisse tignasse bouclée blanche et sa barbe neige, est biologiste moléculaire et officie au Laboratoire européen de biologie moléculaire de Heidelberg en Allemagne. Il est le "père scientifique" de l'expédition.

Colomban de Vargas, 40 ans, est spécialiste de l'évolution du plancton au cours des âges géologiques à la station biologique de Roscoff.

Chris Bowler, 47 ans, Britannique, dirige le laboratoire de génomique végétale à l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris.

Un travail de 3 siècles en 2 ans et demi

"En deux ans et demi, les 126 scientifiques de 35 pays et 21 laboratoires qui se sont succédé à bord de Tara, ont réalisé, pour le plancton, l'équivalent du travail de recherche et de collecte effectué pendant 3 siècles par les botanistes pour répertorier les quelque 350.000 espèces végétales terriennes", explique Colomban de Vargas.

"Grâce au séquençage de certains gènes clef de ces micro-organismes, nous avons établi que le nombre d'espèces de planctons unicellulaires (protistes), estimé à quelques milliers avant l'expédition, avoisine en fait 1,5 million, et 90% des gènes maintenant répertoriés nous étaient inconnus", conclut le chercheur.

40.000 échantillons de plancton, récoltés au cours de 153 stations de prélèvements scientifiques en Atlantique, Pacifique, Océan Indien, Antarctique et Méditerranée, ont d'ores et déjà été acheminés vers les laboratoires internationaux.

Une dizaine d'années de travail seront nécessaires pour décrypter cette moisson de données et déterminer leurs possibles utilisations ou applications dans les domaines de la biotechnologie ou du biomédical.

Symbiose marins-scientifiques

L'incontestable réussite de cette expédition tient aussi à l'organisation du travail à bord de Tara, qui a étroitement associé marins et scientifiques dans toutes les phases de navigation.

Vent de 15 noeuds, mer belle, ciel bleu et soleil de printemps: les deux moteurs de la goélette se taisent. Le voilier est à 400 km à l'ouest de Bordeaux sur sa route vers Lorient. Le capitaine, Loïc Valette, sonne le rassemblement de l'équipage sur le pont.

A bord de Tara, l'équipage, c'est tout le monde: matelots, biologistes, océanographes, physiciens, artistes ou journalistes.

Sur le pont, aussi à l'aise que devant la paillasse de leurs labos ou l'écran de leurs ordinateurs, les scientifiques s'affairent au pied des deux mâts de 27 m, qui aux manivelles de winchs, qui aux écoutes.

En quelques minutes, la chrysalide devient papillon et déploie ses ailes. Grand voile, misaine et yankee (voile de proue) sont hissées et prennent le vent.

La "baleine" (surnom du bateau en raison de ses formes arrondies) trace son sillage dans le silence de la mer... Ses derniers milles après une aventure de 12O.000 km, l'équivalent de trois tours du monde.