La grand-mère des ours polaires était une ourse brune irlandaise

La grand-mère de tous les ours polaires actuels était une ourse brune irlandaise qui vivait il y a 20.000 à 50.000 ans et l'hybridation fait donc partie intégrante de l'évolution biologique de cet animal menacé, démontre une étude publiée jeudi.

© 2011 AFP

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La grand-mère de tous les ours polaires actuels était une ourse brune irlandaise qui vivait il y a 20.000 à 50.000 ans et l'hybridation fait donc partie intégrante de l'évolution biologique de cet animal menacé, démontre une étude publiée jeudi.

Des recherches précédentes mettaient déjà en évidence le fait que l'ours polaire moderne (Ursus maritimus) avait hérité d'une partie du patrimoine génétique de l'ours brun.

Mais ces travaux sur l'ADN mitochondrial, la partie maternelle du génome - bagage génétique exclusivement transmis par la mère à sa descendance -, laissaient penser que l'ancêtre femelle de tous les ours polaires avait vécu sur des îles de l'Alaska il y a environ 14.000 ans.

Dans une étude publiée par la revue Current Biology, une équipe internationale de biologistes dirigée par Beth Shapiro, de la Pennsylvania State University (Etats-Unis), apporte la preuve d'un croisement bien antérieur entre les deux espèces.

ADN vivant et fossile

Les scientifiques ont prélevé des échantillons d'ADN mitochondrial sur 242 ours bruns et ours polaires, vivant ou fossilisés au cours des 120.000 dernières années, dans différentes régions du monde. Et après analyse de leur lignage génétique, ils ont découvert que le génome maternel des ours blancs s'était vraisemblablement "figé", pour acquérir sa forme actuelle, pendant ou juste avant le pic de la dernière période glaciaire, il y a 20.000 à 50.000 ans, sur la côte atlantique du nord de l'Irlande.

Cette "grand-mère" irlandaise était toutefois différente des ours bruns que nous connaissons: selon le Pr Shapiro, la population d'ours bruns qui partageait son ADN maternel avec les ours polaires s'est éteinte depuis déjà environ 9.000 ans. Mais la génétique est formelle: les deux espèces étaient en contact bien avant cette disparition et se seraient même allègrement mélangées pendant une centaine de milliers d'années.

Quant au père des ours polaires, en retrouver la trace est plus compliqué. La partie paternelle du génome de ces ours, l'ADN nucléaire, remonte bien au-delà de la période glaciaire et "provient probablement d'un ancêtre commun avec les ours bruns il y a à peu près 500.000 ans", estime Beth Shapiro.

"C'est précisément cette différence de génome - l'ancêtre très récent du côté maternel et celui beaucoup plus ancien et différent du côté paternel - qui nous permet d'induire que tous les ours polaires vivants descendent d'une ourse brune" relativement récente, explique la biologiste à l'AFP.

Hybride climatique

"Ces résultats montrent que l'hybridation fait intégralement partie de l'histoire biologique de l'ours polaire, probablement influencée par les fluctuations climatiques", renchérit Daniel Bradley, du Trinity College de Dublin (Irlande).

Pendant les 500.000 dernières années, les deux espèces d'ours vivaient dans des milieux différents, mais voisins dont les limites se sont certainement déplacées et superposées à plusieurs reprises lors des épisodes de réchauffement ou de refroidissement, en particulier dans les zones côtières.

"Aujourd'hui on assiste à un changement similaire dans le climat arctique, avec la fonte des glaces et le recul de la banquise (...) Et une fois de plus, ce changement offre aux ours polaires et bruns l'occasion de partager leur habitat et donc de se croiser" dans tous les sens du terme, souligne Beth Shapiro.

De fait, plusieurs hybrides adultes, comme des "pizzlys" issus du croisement entre un ours polaire et un ours brun grizzly, ont été recensés ces dernières années.

Ces croisements pourraient favoriser l'extinction des ours polaires dont l'habitat est déjà menacé par le réchauffement. Mais de tels hybrides doivent aussi être pris en compte dans les efforts pour la conservation des espèces car ils peuvent jouer un rôle non négligeable dans leur survie, estime Beth Shapiro.

Il reste 20.000 à 25.000 spécimens d'ours polaires, répartis entre cinq Etats (Etats-Unis, Canada, Groenland, Norvège et Russie), tous installés le long du cercle polaire arctique. Le réchauffement observé dans cette zone du globe est deux fois supérieur à la moyenne mondiale, selon les climatologues.