Des chercheurs américains ont pu établir que deux hommes accusés d'avoir transmis sciemment le virus du sida à des partenaires sexuelles étaient bien à l'origine de ces infections, confortant la fiabilité d'une technique d'analyse génétique complexe en justice criminelle.
Des chercheurs américains ont pu établir que deux hommes accusés d'avoir transmis sciemment le virus du sida à des partenaires sexuelles étaient bien à l'origine de ces infections, confortant la fiabilité d'une technique d'analyse génétique complexe en justice criminelle. - Hamburg Graphico Studio AFP/DPA/Archives

Philippe Berry

Le Web buzz à tout va depuis mardi: un remède contre le sida aurait été trouvé. La réalité est moins sensationnelle, mais offre cependant un nouvel espoir.

Trois ans après une transplantation de moelle et de cellules souches, Timothy Ray Brown ne semble plus avoir aucune trace du VIH dans son organisme et son système immunitaire s'est apparemment reconstitué. Si les résultats sont confirmés, il serait le premier patient à être officiellement débarrassé du virus et à ne pas simplement survivre avec.

A la base, le traitement était surtout destiné à soigner sa leucémie. En 2007, il a reçu une chimiothérapie violente, puis une transplantation de moelle. L'opération vise en quelque sorte à effectuer un «reboot» du système immunitaire grâce aux cellules souches fournies par une personne compatible. Sauf que les médecins n'ont pas choisi n'importe quel donneur: ils ont trouvé un homme présentant une mutation rare (1% de la population blanche, 0% des populations noire et asitatique) qui le rend immunisé contre l'infection par la forme la plus classique du VIH. Trois ans après avoir arrêté de prendre des antirétroviraux (le traitement classique pour le sida), le «patient de Berlin» semble guéri.

Optimisme mesuré

Plusieurs précisions importantes:

  • Certains médecins pensent que le virus pourrait toujours être présent dans son organisme, endormi et indétectable.
  • Les médecins allemands ne comprennent pas vraiment pourquoi Timothy Brown n'a pas été affecté par une autre forme du VIH (qui mute en général une fois dans l'organisme), contre laquelle les cellules souches du donneur n'auraient pas dû le protéger.
  • Le traitement subi est expérimental, incroyablement violent et risqué: un patient sur trois ne survit pas.
  • Après un premier rejet, il a dû subir une autre greffe. Une complication neurologique s'est manifestée, affectant des zones touchant à la mémoire et au langage. Il est toujours en rééducation. Sa personnalité a également été modifiée. Selon ses amis, il semble désinhibé et beaucoup plus direct.

Dans la pratique, le professeur Fauci confie à Fox News que ce traitement n'est «pas réaliste» pour les 33 millions de personnes infectées dans le monde (il faut trouver un donneur compatible et qui présente la mutation). En revanche, il existe un espoir d'obtenir le même résultat via la thérapie génique, qui permettrait de désactiver les récepteurs cellulaires via lesquels le VIH s'invite dans l'organisme. Bref, conclut le professeur Fauci, il est «trop tôt» pour parler de remède. La lutte continue.