Un scientifique pense pouvoir construire une machine à enregistrer les rêves

SCIENCES Les recherches n'en sont qu'aux premiers balbutiements...

Philippe Berry

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Représentation de l'activité cérébrale

Représentation de l'activité cérébrale — DR

De notre correspondant à Los Angeles

Montre moi à quoi tu penses, et je te dirai à quoi tu rêves. C'est en substance le principe appliqué par le professeur Moran Cerf et ses collègues du California Institute of Technology de Pasadena, qui publient leurs résultats dans le magazine Nature.

Leur étude porte surtout sur la manière dont nos neurones s'allument en réponse à certains stimuli visuels, et vise à comprendre comment notre cerveau fait le tri face à une avalanche de sollicitations. L'une des applications possibles serait de construire une machine capable d'enregistrer et d'interpréter nos rêves. Moran Cerf le confie à la BBC: il pense en être capable.

«C'est encore de la science-fiction», reconnait-il. Mais son équipe a réussi à descendre à un niveau jamais atteint: celui du neurone. Montrez une photo de Marilyn Monroe à un sujet, et une cellule particulière de son système nerveux s'allume. Une photo de Michael Jackson? Un autre neurone s'agite.

Des électrodes implantées dans le cerveau

Problème: pour atteindre une telle précision, des électrodes doivent être implantées directement dans le cerveau. L'étude a donc été réalisée avec 12 patients déjà équipés de tels capteurs, notamment pour surveiller leurs crises d'épilepsie.

Cerf et ses collègues ont construit une base de données pour chaque personne: une image, un neurone. Ils ont ensuite été mis face à une double image, à demi-effacée. Grâce à une interface homme-machine, les patients ont été capables de faire apparaître l'une et disparaître l'autre, par la force de la pensée (voir la vidéo ci-dessus).

John Donoghue, premier chirurgien à avoir permis à un tétraplégique de contrôler un curseur de souris avec son cerveau, est «fasciné» par le niveau d'abstraction de la pensée que Cerf et son équipe ont atteint. Des avancées dans ce domaine pourraient contribuer à améliorer le contrôle d'un bras robotisé pour des patients amputés, par exemple.

Moran Cerf pense qu'en étoffant la base de données (images, sons) d'un patient, la même machine serait capable d'enregistrer et d'interpréter nos rêves, et pourrait servir en psychiatrie (des progrès seront nécessaires au niveau des électrodes, pour qu'elles puissent être simplement posées sur le crâne). D'autres experts sont plus sceptiques, estimant qu'un tel système aura du mal à capturer tout le récit du rêve et n'offrirait qu'une version fragmentée. Bref, Inception, ce n'est pas pour demain.

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