« Moi Raymond de La Frère, 21 ans, reconnais avoir craché trois fois sur la Croix, mais de bouche et pas de cœur »… Ces propos tenus il y a plus de 700 ans par un jeune chevalier terrorisé font partie d'un inestimable trésor. Celui du manuscrit des interrogatoires des 138 Templiers arrêtés à Paris en octobre 1307. Un vieux rouleau de parchemin jauni de trente mètres de long qui sera prochainement consultable sur Internet* en compagnie d'autres pièces et inventaires du procès. Un projet d'exposition est également prévu pour l'année 2011.
Machine à broyer
Précieusement conservé aux Archives nationales dans les locaux de l'Hôtel de Soubise, à Paris, ce document exceptionnel – rédigé en latin - aura conduit en son temps au procès de l'ordre du Temple ainsi qu'à la fin tragique d'un grand nombre de chevaliers et de leur plus célèbre représentant, le grand maître Jacques de Molay. Souvent obtenues sous la torture, ces centaines de confessions révèlent surtout l'implacable machine à broyer qu'avait mise en place le roi de France. Pour mieux mettre au pas Clément V, ce pape qui lui résiste, le très chrétien Philippe le Bel n'hésitera pas à anéantir son bras armé : l'ordre militaro-religieux des « pauvres chevaliers du Christ et du temple de Salomon », fondé en 1127 par Hugues de Payns. Le piège se refermera lentement sur cette confrérie cosmopolite de chevaliers laïcs dont le pouvoir veut se saisir des biens, et qu'une récente hypothèse transforme aussi en protecteurs du saint suaire.