SCIENCES - Une avancée qui ouvre la voie à la fabrication d'organismes artificiels...
Une «étape importante scientifiquement et philosophiquement». C'est ainsi que Craig Venter a qualifié la création de la première cellule vivante dotée d'un génome synthétique dévoilée jeudi, et à laquelle il a participé.
«Il s'agit de la création de la première cellule vivante synthétique, au sens où celle-ci est entièrement dérivée d'un chromosome synthétique», explique
Craig Venter, créateur de l'Institut du même nom et coauteur du premier séquençage du génome humain rendu public en 2000.
Une percée
«Ce chromosome - élément porteur de l'information génétique contenant un groupe de gènes de l'organisme, ndlr - a été produit à partir de quatre flacons de substances chimiques et d'un synthétiseur, et tout a commencé avec des informations dans un ordinateur», poursuit-il. Cette percée «change ma vision de la définition de la vie et de son fonctionnement»,
ajoute ce chercheur dans la revue américaine Science datée de ce vendredi.
Le génome que les chercheurs ont fabriqué est la copie d'un génome existant, celui de la bactérie mycoplasme mycoïde, mais avec des séquences d'ADN supplémentaires pour l'en distinguer. Ils ont ensuite transplanté ce génome synthétique dans une autre bactérie, appelée microplasme capricolum, réussissant à «activer» les cellules de cette dernière.
Des algues pour capter le CO2
Malgré le fait que quatorze gènes aient été effacés dans la bactérie receveuse du génome synthétique, celle-ci ressemblait bien à une bactérie microplasme capricolum dont les gènes ne produisaient que ses protéines, précisent les auteurs de ces travaux.
Selon Craig Venter, l'équipe de chercheurs va tenter à partir de ces travaux de concevoir des algues capables de capturer le dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre, et de produire de nouveaux carburants propres.
Des recherches sont aussi en cours notamment pour accélérer la production de vaccins, fabriquer de nouvelles substances chimiques, des ingrédients alimentaires et des bactéries capables de purifier l'eau.
«Boîte de Pandore»
Qualifiant de «boîte de Pandore» ces travaux, Pat Mooney, directeur de l'ETC Group, organisme international privé de surveillance des technologies dont le siège est au Canada, estime que «la biologie synthétique est un champ d'activité à haut risque mal compris motivé par la quête du profit». «Nous savons que les formes de vie créées en laboratoire peuvent devenir des armes biologiques et menacer aussi la biodiversité naturelle», ajoute-t-il dans un communiqué.
C. F. avec agence