L'orbite de la Terre, cette poubelle géante

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Publié le 13 mars 2009.

INTERVIEW - Mark Matney, spécialiste des débris spatiaux, revient sur l'incident évité de peu par l'ISS...

De notre correspondant à Los Angeles
 

Jeudi, la Station spatiale internationale (ISS) a senti le vent du boulet. Un morceau de satellite errant d’une dizaine de centimètres a bien failli la percuter, obligeant ses trois occupants à évacuer temporairement dans le vaisseau Soyouz de secours. Satellite à la retraite, morceaux de fusées, boulons perdus par des astronautes... Mark Matney, scientifique spécialiste des débris spatiaux à la Nasa, l’explique à 20minutes.fr: «L’orbite de la Terre devient encombrée.»

 
D’où viennent majoritairement les débris spatiaux?
D’abord, on les définit comme tous les objets lancés par l’homme qui n’ont plus d’utilité. Il y a 2.500 satellites en orbite (à visualiser ici en 3D), mais environ deux tiers ne sont plus opérationnels. Ajoutez-y des lanceurs de fusée, quelques outils (et même un gant) perdus par des astronautes, mais surtout les résidus provenant de la collision ou de l’explosion de sondes, et vous obtenez un espace bien encombré.
 
 
A-t-on un compte précis et une cartographie détaillée?
Oui et non. Il y a environ 18.000 objets de 10 cm et plus. Le département américain de la défense et d’autres les suivent à la trace et connaissent leur orbite. Ceux-là ne posent en général pas trop de problèmes. En cas de besoin, l’ISS peut se déplacer pour les éviter, c’est déjà arrivé à quelques reprises. Mais ce n’est pas une voiture qu’on peut facilement garer à un autre endroit. Il faut bien planifier un tel mouvement, environ une journée en avance. La pièce de ce matin a été détectée trop tard. C’est le souci avec les petits objets: on peut les détecter, mais pas vraiment modéliser leur orbite et anticiper. A l’échelle du centimètre, on compte environ 100.000 objets et 1.000.000 à celle du millimètre.
 
 
A quel type d’impact peut résister la Station?
Elle est située en orbite à environ 350km de la Terre. A cette distance, les débris spatiaux ont une vitesse de 7.000 km/h. C’est plusieurs fois celle d’une balle de revolver. La station est conçue avec des boucliers de plusieurs épaisseurs pour résister à des impacts d’objets de l’ordre du cm. Le plus problématique intervient donc pour ces débris intermédiaires, entre 1 et 10 cm, dont on ne peut anticiper la position longtemps à l’avance.
 
 
Et quand un homme sort en combinaison?
Les combinaisons peuvent résister à l’impact de très petits objets, sous le millimètre. Mais l’espace est très grand, et l’homme tout petit. La probabilité n’est donc pas nulle, mais très faible.
 
 
En revanche, deux satellites sont donc entrés en collision pour la première fois en février dernier. D’autres sont-elles attendues?
Oui. On savait que cela se produirait. C’est un peu comme gagner au loto: la probabilité que ce soit vous est très faible; mais celle que quelqu’un, quelque part, gagne, beaucoup plus élevée. Il y aura d’autres collisions.
 
 
Plus il y a de collisions, plus il y a de débris. Un effet boule de neige, le fameux «syndrome Kessler» où il y aurait un nuage tellement dense de débris que l’on ne pourrait plus rien envoyer dans l’espace, est-il à craindre?
Donald Kessler était mon mentor à la Nasa. C’est en effet un risque potentiel, d’un nuage ou d’anneaux comme sur Saturne. Si vous mettez de nouveaux objets dans une pièce plus vite que vous ne les enlevez, alors vous avez un problème comme celui que nous avons avec les satellites.
 
 
Avec le freinage du à l’atmosphère, les satellites n’ont-ils pourtant pas tendance à «retomber» et puis se désintégrer?
Les plus proches, à quelques centaines de kilomètres, oui, après quelques années. Mais plus vous montez, moins l’influence de l’atmosphère se fait sentir. Pour les plus lointains, comme les satellites géostationnaires (notamment employés dans télécoms, ndr), à 30.000 km, cela peut prendre une ou plusieurs centaines d’années. Désormais, le problème posé par les débris spatiaux est une considération que tout le monde garde à l’esprit. On conçoit des engins qui ne conservent pas ou peu de carburant, pour éviter les explosions. Mais surtout, de telles sorte à ce qu’ils viennent se désintégrer dans l’atmosphère ou quittent leur orbite pour aller mourir dans un cimetière lointain.
 
Mais que faire concrètement des débris déjà existants? On parle de lasers, de pistolets à eau géants...
Il faut une coordination internationale. On se réunit déjà chaque année en Allemagne pour discuter du problème. Le problème est que toute solution coûtera chère, sans gain immédiat pour personne. Une solution avec des lasers est envisageable... Sauf que cela en ferait potentiellement une arme très puissante et que cela refroidit tout le monde. La solution de «pistolets à eau» propulsés par des fusées pour projeter les débris vers l’atmosphère est... exotique. Le plus réaliste serait d’avoir des petits vaisseaux chargés de pousser au loin les débris, comme pour les bateaux.
Propos recueillis par Philippe Berry
Imaginaire
Le thème des débris de l’espace a largement inspiré la science fiction. On recommandera notamment l’excellent manga Planètes, de Makoto Yukimura, dans lequel on suit une équipe de nettoyeurs.
(publié chez Génération Comics en France)
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