Un prix Nobel de médecine 2008 spécial MST

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Publié le 6 octobre 2008.

DECRYPTAGE - Pourquoi le HIV et les papillomavirus valent un Nobel à leurs découvreurs...

En récompensant Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi pour la découverte du rétrovirus VIH responsable du sida et Harald zur Hausen pour la découverte du rôle de certains papillomavirus humains dans le cancer du col de l’utérus, l’académie Nobel salue deux avancées majeures dans la lutte contre les maladies sexuellement transmissibles.

Des rétrovirus dans le ganglion

Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi se partageront donc la moitié du prix pour avoir été les premiers à isoler, cultiver et caractériser le mécanisme d’infection du virus de l’immunodéficience humaine (VIH).

Contactés en 1982 par le Professeur Willy Rozenbaum, qui cherche à identifier le virus responsable d’un nouveau syndrome d’immunodéficience acquise frappant des homosexuels et des hémophiles transfusés, les deux chercheurs acceptent d’analyser au sein de l’Unité «Oncologie Virale» de l’Institut Pasteur les prélèvements de ganglions lymphatiques «malades» que le clinicien leur envoie à partir de janvier 1983. En cultivant ces échantillons, Montagnier et Sinoussi vont d’abord y détecter la présence de l’enzyme transcriptase inverse , qui prouve la présence d’un rétrovirus, un virus à ARN.

Du LAV au HIV

Grâce au microscope électronique, ils vont également observer des vésicules –vraisemblablement rétrovirales- qui semblent s’échapper des cellules infectées. En isolant ces vésicules, les deux chercheurs se sont alors aperçus qu’elles étaient capables d’infecter et tuer les globules blancs (lymphocytes) prélevés sur des patients non malades. Ces observations permettent à Barré-Sinoussi et Montagnier de publier - dès mai 1983 dans la revue «Science» — la première description du virus responsable du sida, baptisé à l’époque «Lymphadenopathy Associated Virus» ou LAV.

Le lien de causalité entre ce virus, plus tard rebaptisé HIV, et le sida sera définitivement démontré l’année suivante par le Professeur Robert Gallo. Cela donnera lieu à une longue polémique entre l'équipe américaine et celle de l'institut Pasteur quant à la paternité de la découverte. La communauté scientifique reconnait maintenant unanimement à l'équipe de Barré-Sinoussi et Montagnier cette paternité.
Les travaux pionniers des deux chercheurs français ont rapidement permis de cloner le virus, d’élucider son mécanisme d’action et de mettre au point des tests de dépistage sanguin.

Verrues, crêtes de coq et cancer

Harald zur Hausen recevra l’autre moitié du prix Nobel 2008 de médecine pour avoir mis en évidence le rôle de certains papillomavirus humains (HPV) dans l’apparition des cancers de l’utérus.

Les papillomavirus humains ou HPV sont une famille de virus qui infectent les cellules de la peau ou des muqueuses: ils sont transmis par la dissémination de ces cellules lors de la desquamation. Les HPV qui s’attaquent à la peau sont responsables des verrues. Les HPV qui affectent les muqueuses génitales sont transmis par voie sexuelle. L’infection génitale au papillomavirus humain est la maladie sexuellement transmissible la plus répandue, et on estime que 50 à 70% des femmes ont été ou seront un jour infectées. La plupart du temps, l’infection par HPV ne donne aucun signe clinique et disparaît spontanément, mais elle persiste chez 3 à 10% des femmes affectées, pouvant dégénérer en cancer du col de l’utérus.

De la recherche au vaccin

Le cancer du col de l’utérus est responsable d’environ 230.000 décès. 500.000 nouveaux cas sont diagnostiqués par an d’après le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS. Jusqu’aux travaux de zur Hausen dans les années 1970, on pensait que ce cancer était déclenché par l’herpès génital; mais en analysant des biopsies de lésions cancéreuses, le chercheur s’est aperçu que l’ADN des cellules cancéreuses contenait des gènes de certains papillomavirus humains. Des gènes qui provoquent une prolifération anarchique des cellules

Après plus de dix ans de recherche, Harald zur Hausen est parvenu en 1984 à isoler et cloner HPV-16 et HPV-18, deux papillomavirus responsables de 70% des cancers du col. Mais il lui faudra 20 ans de plus pour convaincre les laboratoires pharmaceutiques de mettre au point un vaccin contre les papillomavirus responsables du cancer du col. Le vaccin est aujourd’hui commercialisé en France sous la marque Gardasil.


Yaroslav Pigenet
 
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