Le virus VIH est bien plus vieux qu'on ne le pensait. Une nouvelle étude publiée jeudi dans «Nature» montre que le rétrovirus s’est adapté à l’homme dès 1908, bien avant qu’on ne commence à parler de lui, au début des années 1980.
Le biologiste américain Michael Worobey et ses collègues sont parvenus à cette conclusion en analysant deux échantillons de tissu humain prélevés en 1959 et en 1960 à Kinshasa (République Démocratique du Congo). Le premier spécimen, baptisé ZR59, avait été «redécouvert» en 1998, Mais il a fallu prés de huit ans de recherche à Worobey pour mettre la main sur un autre échantillon infecté par le VIH: un extrait de ganglion lymphatique humain conservé dans de la paraffine.
Les chercheurs ont analysé l’ADN et l’ARN conservé dans les échantillons, ce qui leur a permis de découvrir qu’ils avaient été infectés par deux souches distinctes mais apparentées du virus VIH-1. Des souches dont la séquence génétique divergeait déjà de 12%. En utilisant le taux moyen de mutation du virus comme horloge moléculaire, Worobey et son équipe ont ainsi établi que l’émergence de VIH-1 remontait au moins à 1908.
«Nos résultats indiquent que les deux souches de virus ont évoluées à partir d’un ancêtre commun qui circulait dans la population africaine au début du vingtième siècle», explique Worobey. «Les humains ont contracté le virus ancestral –dont le réservoir naturel était les communautés de chimpanzés d’Afrique Centrale- par transmission inter espèce, probablement par prédation». Le chercheur pense que le virus a ensuite profité de l’urbanisation accélérée et anarchique de la région de Kinshasa pour se propager. L’ex-Zaïre aurait donc servi de pouponnière au VIH avant qu’il ne parte à la conquête de l’Amérique et du monde entier, au début des années 1980.