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Après les nausées, la bouche sèche, le risque de suicide et de prise de poids, les chercheurs viennent de trouver un effet indésirable de plus aux «pilules du bonheur». Une nouvelle étude montre que la prise régulière d’antidépresseurs de type Prozac ou Deroxat a un effet délétère sur la fertilité masculine.

 
Arrêter le tabac ou les enfants?

Dès 2007, en étudiant le cas de deux hommes en consultation pour un problème de fertilité Cigdem Tanrikut et Peter Schlegel, urologues à l’université Cornell (Etats-Unis), s’étaient déjà aperçu que l’interruption du traitement antidépresseur suivi par ces sujets améliorait significativement leur problème. L’étude, publiée dans la revue «Urology», montrait ainsi que l’administration de bupropion, une molécule prescrite comme antidépresseur aux Etats-Unis et comme aide au sevrage tabagique en France (Zyban), entraînait une nette diminution de la mobilité des spermatozoïdes. Ce phénomène disparaissait dès qu’on arrêtait le traitement.

 
Sperme et antidépresseur

Constatant qu’aucune étude systématique de l’effet des antidépresseurs sur la qualité du sperme n’avait été effectuée jusque là, Tanrikut et Schlegel, ont donc réalisé un véritable essai clinique auprès d’un échantillon de 35 sujets masculins sains (non dépressifs et sans problème connu de fertilité). Les sujets ont été invités à suivre durant 5 semaines un traitement antidépresseur à base de paroxétine (que l’on retrouve dans le Deroxat). Leur sperme a été analysé lors de leur recrutement, aux semaines 2 et 4 du traitement puis un mois après son arrêt.

Ces travaux seront présentés en détail en Novembre lors de la 68ème conférence annuelle de l’American Society for Reproductive Medicine mais les auteurs viennent d’en dévoiler les principaux résultats dans une communication publiée par la revue «Fertility and Sterility».

 
ADN fragmenté, embryon malformé

Les questionnaires qualitatifs soumis aux sujets révèlent que 35% d’entre eux ont «noté un changement significatif de leur fonction érectile» et 47% ont connu «des difficultés d’éjaculation» durant le traitement. Mais les chercheurs se sont surtout aperçus que la proportion de cellules du sperme ayant un ADN fragmenté - qui était en moyenne de 13,8%  au début de l'expérience-  passait à 30,3% après 4 semaines «sous paroxétine».

Or, plusieurs études antérieures ont montré qu’un taux de fragmentation de l’ADN spermatique supérieur à 30% affecte la fertilité en augmentant le risque de malformation des embryons fécondés, et donc de fausses couches.

Tanrikut et Schlegel suggèrent donc que la paroxétine, et plus généralement tous les antidépresseurs de la même famille, peut diminuer la fertilité masculine en endommageant l’intégrité de l’ADN spermatique.
 

 

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