Dire qu’on est viscéralement de droite (ou de gauche) n’est pas forcément une métaphore. Une étude publiée vendredi dans la revue «Science» montre en tous cas que républicains et démocrates ont des réactions physiologiques différentes quand on leur présente des images ou des sons stressants.
Pour expliquer les opinions politiques, les chercheurs privilégient généralement les explications économiques ou familiales. Douglas Oxley et ses collègues du département de Science Politique de l’Université du Nebraska (Etats-Unis) se sont quant à eux demandés si des attitudes politiques différentes n’étaient pas la manifestation d’un organisme réagissant différemment. Ils ont donc décidé de vérifier, par une expérience, si le fait d’être libéral (au sens américain) ou conservateur était lié à la sensibilité individuelle à la peur.
Les chercheurs ont d’abord invités 46 habitants de Lincoln (Etats-Unis) à répondre à un questionnaire permettant de connaître précisément leurs opinions politiques et leurs traits de personnalité. Les questions étaient du type «Pensez-vous que le plus important dans la vie est de gagner?» ou «Etes-vous favorable au Patriot Act?».
Oxley et son équipe ont ainsi constaté que le degré de réponse physiologique au stress est très fortement corrélé avec le degré de conservatisme politique des individus testés. Plus le soutien du sujet aux mesures «protégeant l’ordre social» est important, plus celui-ci transpire quand il voit des images insoutenables et plus il cligne des yeux quand il subit des agressions sonores. Selon Kevin Smith, l’un des auteurs de l’étude, le niveau de réponse au stress est même un meilleur prédicteur du positionnement politique que le sexe ou l’âge.
Les chercheurs reconnaissent que leur étude ne leur permet pas de déterminer avec certitude l’origine de ces différences politico-physiologiques. Toutefois, ils suggèrent une origine génétique en rappelant que des études antérieures ont montré que les vrais jumeaux partageaient souvent les mêmes opinions politiques. Selon eux, notre inclination pour la droite ou la gauche pourrait résider au niveau de l’amygdale, le centre cérébral de la peur…