Tout le monde se le demandait depuis la finale olympique du 100m, un groupe d’astrophysicien norvégien a voulu en avoir le cœur net. A l’aide des techniques qui leur permettent habituellement d’évaluer la vitesse et les positions futures des étoiles lointaines, ils ont calculé le chrono qu’aurait réalisé Usain Bolt s’il n’avait pas relâché sa foulée.
Ces travaux, débutés comme un canular scientifique, viennent d’être soumis à la revue «American Journal of Physics» après avoir été mis en ligne sur la base scientifique Arxiv sous le titre «Velocity Dispersion in a Cluster of Stars: How Fast Usain Bolt Could Have Run?» («Dispersion des vitesse dans un amas d’étoiles: A quelle vitesse Usain Bolt aurait-il du courir?»).
Entraîneur et physicien tombent d’accord
Selon son propre entraineur Glenn Mills, le sprinteur jamaïcain aurait pu courir la course de Pékin en 9’’52 – et non 9’’69- s’il n'avait pas freiné dans les 20 derniers mètres. «Selon nos calculs, cela semble être une estimation assez juste, quoique peut-être un peu optimiste», affirment quant à eux Hans Eriksen et ses collègues de l’Institut d’Astrophysique Théorique d’Oslo (Norvège). Ces derniers ont estimé que le record aurait du s’établir à 9’’55. Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont simplement analysé les enregistrements vidéo de la course pour extrapoler quelle aurait pu être la performance de Bolt s’il avait maintenu son effort de bout en bout.
En mesurant la position, la vitesse et l’accélération d’Usain Bolt et de Richard Thompson tout au long de la course, Eriksen et son équipe ont établi un profil de la course montrant clairement que Bolt gagne la course entre la quatrième et la huitième seconde, puis décélère face à Thompson. Les chercheurs ont ensuite calculé quel aurait été le profil de la course, d’une part si Bolt avait fourni la même accélération que Thompson après la huitième seconde, d’autre part, s’il avait continué a accélérer plus que Thomson de la quatrième à la dernière seconde. Dans le premier cas, Bolt aurait franchi la ligne d’arrivée en 9’’61, dans le second, il aurait couru en 9’’55, la marge d'erreur étant de plus ou moins 4 centièmes de seconde.
Eriksen reconnaît que cette mini étude était à l’origine prévue pour être une sorte de blague pour physicien. «Puis nous nous sommes aperçu qu’elle pouvait être utile et intéresser une audience bien plus large que celle prévue à l’origine: nous avons alors adopté une approche semi-sérieuse», plaisante le chercheur. Il concède que l’incertitude quant à l’accélération qu’aurait pu effectivement fournir Bolt est énorme, mais selon lui, cette étude montre qu’un «nouveau record du monde en dessous des 9’’50 n’est pas hors de portée de Usain Bolt».