«Pour approvisionner cette boucherie, aucun animal n’a été tué ni maltraité»: ce genre de pancarte pourrait un jour devenir un argument commercial et non une plaisanterie absurde. C’est en tous cas ce que souhaite l’ONG américaine Peta (People for the Ethical Treatment of Animals) qui a révélé lundi qu’elle comptait sponsoriser les recherches sur les techniques de production de viande artificielle. Bien que désormais envisageable – et même souhaitable du point de vue écologique-, la fabrication de viande in vitro pose encore, selon les chercheurs, des problèmes techniques et sanitaires qui ne seront pas réglés avant une dizaine d’années.
La viande in vitro –du muscle pur - serait produite à partir de tissus cellulaires animaux mis en culture dans de grandes citernes. Ces techniques d'ingénierie tissulaire ont été mises au point pour régénérer des organes ou produire de faibles volumes de protéines destinées à un usage médical. De la chair de poisson a ainsi été cultivée en petite quantité au cours de recherches menées par la NASA.
C’est dans ce contexte que la Peta, une organisation spécialisée dans la défense animale, a annoncé qu’elle décernerait un prix doté d’un million de dollars (625.000 euros) à la «première personne qui mettra au point avant 2012 une méthode permettant de produire des quantité suffisantes de viande in vitro à un prix compétitif». Cette annonce fait écho à un congrès scientifique, qui s’est tenu début avril en Norvège. Au cours de ce symposium, des chimistes, des biologistes, des économistes et des vétérinaires du monde entier s’étaient retrouvés pour faire le point sur les différentes techniques permettant actuellement de produire de la viande sans l’aide d’animaux.
Du synthétique pour sauver les animaux
Pour la Peta, la production de viande in vitro serait un «don du ciel» car elle permettrait d’épargner les millions d’animaux d’élevage abattus chaque année tout en satisfaisant le goût des consommateurs pour la viande. Au-delà de l’amélioration de la condition animale, de nombreux scientifiques et experts estiment que produire du muscle sans animaux réduirait les dommages causés à l'environnement par l’élevage intensif du bétail et permettrait de répondre au doublement de la demande mondiale en viande d’ici 2050.
Comment avaler la viande artificielle
Toutefois, même si elle devient techniquement et financièrement abordable, il faudra ensuite faire accepter au consommateur l’idée d’avaler de la viande artificielle. «Je peux imaginer que certains auront des réticences», analyse Bernard Roelen. «Les gens peuvent penser que c'est artificiel. Mais certains ne réalisent peut être pas qu'une partie de la viande qu'ils mangent est déjà artificielle.» Selon le site New Harvest, la viande in vitro sera d’abord utilisée dans les préparations de type hamburger, saucisse ou nugget, qui sont déjà des formes de viande artificielle.
Hervé This, chimiste et directeur de la fondation Science et Culture Alimentaire de l’Académie des Sciences, considère quant à lui que «l’idée de viande artificielle est intéressante dans le cadre d’un développement durable». Le coinventeur du concept de gastronomie moléculaire pense que, dès qu’on saura la produire en masse, les problèmes de goût, de texture ou d’apparence d’une hypothétique viande artificielle seront facilement résolus par les cuisiniers…
En attendant, les spécialistes préviennent que de nombreuses années de recherches sont encore nécessaires avant de mettre au point une méthode économiquement viable de production de viande in vitro. Bernard Roelen doute par exemple que quiconque y arrive avant 2012!