• Depuis 1997, Celestis propose à des particuliers d’expédier quelques grammes de cendres de proches décédés en orbite autour de la Terre.
  • L’entreprise américaine vise désormais la Lune et a négocié une place pour les cendres de ses clients à bord d’un des vaisseaux de Moon Express, qui ambitionne d’être la première société privée à lancer dès 2018 des vols non habités vers la Lune.
  • Elysium Space, autre entreprise américaine, est sur ses talons. Et vise, elle, 2019.

Viser la Lune pour 12.500 dollars, soit 10.700 euros seulement. Avouez que l’offre est alléchante. Le voyage est programmé dans le courant du premier trimestre 2018 et Celestis,  qui en est à l’initiative, clot les inscriptions ce mercredi 1er novembre.

Ne vous précipitez pas pour autant. D’une certaine façon, on vous souhaite même de voyager avec Celestis le plus tard possible. Car l’offre est réservée aux défunts, tout comme l’ensemble des voyages spatiaux organisés par l’entreprise américaine.

La Lune comme nouveau terrain de jeu

Basée à Houston, Celestis s'est en effet donnée pour spécialité d'expédier les cendres d’un être cher [quelques grammes seulement] par-delà l’atmosphère. Depuis 1997, l’Américaine a organisé14 « convois funéraires » dans l’espace en se faisant une petite place parmi la charge utile (typiquement des satellites commerciaux) qu’embarquent les fusées au décollage. Celestis compile sur son site Internet les portraits de ses voyageurs post-mortem. Il y en a plusieurs centaines. Les familles, elles, peuvent assister au lancement de la fusée puis suivre l'évolution de la cérémonie par le biais d'une application mobile.

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Jusqu’à présent, Celestis s’était « contenté » de mettre en orbite autour de la Terre des petits vaisseaux spatiaux contenant les poussières ou, dans une version low-cost, de les expédier à 100 km d’altitude. Avec son Luna 02 Flight, la société américaine veut aller plus loin et a négocié une place à bord de l’un des vaisseaux spatiaux de Moon Express, qui ambitionne d’être la première société privée à lancer des vols non habité vers la Lune. Cet été, l’entreprise basée en Floride annonçait le lancement d’un premier vaiseau, le MX-1E, avant la fin 2017.

Un concurrent tout aussi ambitieux

Celestis ne sera donc pas de ce premier voyage, mais du deuxième vraisemblablement. Gare à ne pas trop tarder. Car l'entreprise a désormais une rivale, Elysium Space, tout aussi ambitieuse. La startup californienne n’a pas encore envoyé de cendres dans l’espace, la sonde expérimentale Strypi, qui emportait le Elysium Star 1 ayant explosé en vol en 2015. Mais elle a trouvé une place sur la prochaine mission SSO-A qui sera placée en orbite courant 2018 par le lanceur Falcon 9 de Space X, la société d’ Elon Musk.

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Les réservations sont à présent closes, alors qu'en mai dernier, une centaine de clients avait déjà déboursé les 2.200 euros nécessaires pour voir les cendres d’un proche disparu être placé en orbite autour de la Terre.

Elysium Space, lancée en 2013 par un ancien ingénieur de la Nasa, promet cependant d’autres vols et se propose, elle aussi, d’envoyer un jour les cendres d’un être aimé sur la Lune. En 2015, elle a ainsi annoncé un partenariat avec Astrobotic, entreprise de Pittsburgh qui veut se spécialiser dans la livraison de fret à destination de la Lune. La mission est annoncée pour 2019 lors du premier lancement de Peregrine Lunar Lander, le vaisseau cargo d’Astrobotic qui doit livrer 35 kilos de matériels à la surface de la Lune. Les inscriptions sont ouvertes et Elysium annonce un prix d’appel à 9.950 dollars pour les 50 premières réservations.

Symptomatique du « New Space »

Olivier Sanguy, rédacteur en chef de la rubrique « actualités » de laCité de l’espace à Toulouse, invite à ne pas prendre au pied de la lettre les délais annoncés. « Les programmes spatiaux, même les plus grands, accusent souvent du retard », glisse-t-il. Mais sur le fond, envoyer des cendres d’êtres humains sur la Lune n’a rien de farfelu.

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Au contraire même, pour Olivier Sainguy, Celestis et Elysium Space sont symptomatiques du « new space », cette nouvelle donne qui « met les projets de conquête spatiale à portée de mains d’entreprises privées quand jusque-là seuls les Etats pouvaient réunir les fonds et les ressources nécessaires pour mener à bien de telles missions ».

De l’argent qui tombe à pic

Astrobotic comme Moon Express ont pris le train en marche et commencent à se faire connaître sur ce nouveau marché. « Techniquement, elles sont sans doute d’ores et déjà capables de réaliser des vols non habités à destination de la Lune, poursuit Olivier Sanguy. Mais de tels voyages coûtent très cher et ces entreprises cherchent à amortir au mieux les coûts. »

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Conséquence : Astrobotic facturera 1,2 million de dollars le kilo de fret lunaire embarqué par son Peregrine Lunar Lander. Elle en a 35 à commercialiser. Comme clientèle, l’entreprise de Pittsburgh « s’adresse à des agences spatiales comme la Nasa, mais aussi à des universités et à des petits Etats pour leur permettre de réaliser leurs expériences scientifiques », explique Olivier Sanguy. Il restera cependant forcément de la place pour emporter des cendres d’êtres chers décédés... surtout à 9.950 dollars les quelques grammes.