Elle ressemble à quoi notre «défense planétaire» contre les astéroïdes?

ESPACE L'astéroïde 2012 TC4 « frôlera » la Terre jeudi. L'occasion de tester nos capacités de défense contre ce type d’objet céleste...

T.L.G.

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Extrait du film Armageddon.

Extrait du film Armageddon. — LILO/SIPA

  • L’astéroïde 2012 TC4, qui mesure entre 15 et 30 mètres, « frôlera » la Terre jeudi.
  • Trois solutions existent pour modifier la trajectoire des objets célestes.

 

« Gros comme une maison ». L’astéroïde 2012 TC4 « frôlera » la Terre jeudi. Qu’on se rassure, il n’y a (cette fois-ci) aucun danger pour l’humanité. Mais l’épisode sera l’occasion de tester nos capacités de défense contre ce type d’objet céleste, potentiellement menaçant pour la planète. « Ce qui en fait un événement spécial, c’est que nous avons décidé d’utiliser cet objet pour un exercice de défense planétaire » contre les astéroïdes, a indiqué un membre de la Nasa. On fait le point sur ces exercices avec Nicolas Bobrinsky, responsable du programme de veille spatiale à l’ESA (Agence spatiale européenne).

Pourquoi s’intéresse-t-on à l’astéroïde 2012 TC4 ?

Parce qu’il passera à moins de 44.000 kilomètres de notre planète, c’est-à-dire assez proche de nous à l’échelle stellaire. « Il n’a rien d’extraordinaire, mais par sa petite taille, entre 15 et 30 mètres, il est assez représentatif de la menace que représentent les plus de 300.000 astéroïdes qui risquent de s’approcher de l’orbite terrestre », confirme Nicolas Bobrinsky.

Pour le moment, les scientifiques en ont catalogué seulement 16.000, soit moins de 5 %. « Ils sont petits, donc ils ont une luminosité faible et sont difficiles à suivre à longue distance. Mais le risque d’en voir un pénétrer dans l’atmosphère terrestre reste élevé puisqu’il y a une occurrence environ tous les dix ans », précise le spécialiste. Ceux qui ne se désintègrent pas font de gros dégâts. En 1908, un astéroïde a ainsi rasé 2.000m2 de forêts en Sibérie, provoquant « une onde de choc de presque mille fois Hiroshima ». Plus près de nous, en février 2013, un météore avait blessé des centaines de personnes en Russie.

Heureusement, les agences spatiales veillent. « Ça va nous permettre de tester notre réseau mondial de détection et de poursuite, qui nous servira en cas de découverte d’un objet réellement dangereux », poursuit Nicolas Bobrinsky.

Première étape de « la défense planétaire » : la chaîne de communication

Plusieurs observatoires dans le monde vont donc braquer leurs télescopes sur l’astéroïde. Au moment du passage de l’objet, les observatoires enverront leurs informations à des centres gérant les situations d’urgence. « A l’ESA par exemple, on ne pourrait pas gérer 2 millions d’appels en cas de problème. Il s’agit donc de tester la chaîne de communication entre les agences spatiales et les agences de sécurité, chargées d’organiser les messages d’alerte et de protection », avance Nicolas Bobrinsky. « A nous de prévoir l’endroit d’impact et ses conséquences pour transmettre les mesures de précaution : prévenir qu’il faut s’éloigner des fenêtres par exemple si le choc fait voler les vitres en éclats. Ou demander l’évacuation d’une zone à risques ».

Deuxième étape : dévier l’astéroïde

C’est une des possibilités envisagées par les scientifiques en cas de gros soucis. Trois solutions de déviation de l’objet dangereux existent. « La première méthode est d’envoyer une sonde directement sur l’astéroïde pour changer sa trajectoire. C’est faisable pour un objet de 15 à 30 m2 à condition de le faire assez tôt », relève Nicolas Bobrinsky.

« On peut également envisager de faire exploser une bombe nucléaire, mais sans forcément détruire l’astéroïde comme dans Armageddon. L’idée est la faire exploser un peu avant pour que la pression générée par les particules modifient sa trajectoire », poursuit-il. Enfin, la méthode douce : le tractage gravitationnel. « On envoie une sonde voler pendant plusieurs mois à proximité. Son moteur lui permettra de résister à la gravitation et de modifier, petit à petit, la trajectoire de l’astéroïde », affirme le scientifique.