Alors que l’OMS redoute une nouvelle pandémie de grippe, des scientifiques ont peut-être découvert une arme de plus pour lutter contre les infections virales. Des chercheurs de l’Université McGill (Canada) menés par Nahum Sonenberg, Rodney Collina et Mauro Costa-Mattioli ont en effet découvert une manipulation génétique qui permet à des souris de mieux résister aux virus. Ces travaux publiés mercredi par la revue scientifique Nature, pourraient déboucher sur l'élaboration de nouveaux traitements antiviraux chez l'humain.
Lorsque qu'un virus pénètre dans le corps, il stimule la production de protéines interférons, qui sont à leur tour responsables d’une cascade de réactions antivirales. Toutefois, la quantité d'interféron synthétisée au début d’une infection virale n'est pas toujours suffisante pour éradiquer tous les virus, qui continuent à se multiplier et finissent ainsi par l’emporter. Collina et son équipe ont en fait trouvé comment augmenter la production d’interférons.
Enlever les freins… à la résistance
En manipulant génétiquement des souris, les chercheurs de McGill ont découvert que la production d’interféron est freinée par deux gènes appelés "4E-BP1" et "4E-BP2". Les souris chez qui ces gènes dits « suppresseurs » ont été inactivés ont produit plus d’interferons lorsqu’elles ont été infectées, ce qui a empêché la prolifération de différents types de virus (grippe et autres). «D’une certaine façon, c’est très simple», affirme Costa-Mattioli. « Quand on élimine les répresseurs, on obtient une plus grande concentration d’IRF-7, protéine clé qui induit un état antiviral dans la cellule. En d’autres mots, c’est comme si on retirait les freins.»
Les chercheurs n’ont constaté aucune anomalie ni effet secondaire par suite de l’accroissement de la production de l’interféron chez la souris. Ils reconnaissent que, pour des raisons éthiques évidentes, on ne peut utiliser cette méthode d’inactivation des gènes chez l’humain. Mais ils sont persuadés que cette recherche peut mener à l’élaboration de traitements médicamenteux.
« Si nous pouvons mettre au point des médicaments qui ciblent les gènes 4E-BP1 et 4E-BP2, nous disposerons alors de molécules qui peuvent nous protéger contre les infections virales. C’est très excitant », a ajouté le Dr Costa-Mattiolo « Nous ne les avons pas encore, mais c’est évident que c’est la prochaine étape. »