Considérés un temps comme une alternative «verte» à l’utilisation des carburants pétroliers, l’exploitation des agrocarburants (souvent appelés biocarburants) se révèle être encore plus polluante pour l’atmosphère. C’est ce que démontrent deux études américaines publiées par la revue Science .
Qu’il s’agisse de bioéthanol produit à base de graines de blé et de maïs ou de biodiesel produit à base d’oléagineux (soja, colza), les carburants issus de l’agriculture ont deux avantages évidents : ils constituent une source d’énergie toujours renouvelable et apparemment neutre du point de vue des émissions de carbone. A priori, il suffit de replanter l’équivalent de ce que l’on a brûlé en carburant pour reconstituer les stocks et «refixer» par photosynthèse le CO2 ainsi libéré. Les agrocarburants ont ainsi été présentés comme un des moyens de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère.
Deux nouvelles études montrent toutefois que le coût environnemental global de l’exploitation des agrocarburants n'est pas neutre. Pour produire des quantités suffisantes de graines et d’oléagineux, on doit abattre des forêts pour gagner de la terre, utiliser beaucoup d’engrais pour fertiliser les sols et brûler beaucoup de carburant pour récolter le tout. Des pratiques qui diminuent le rendement énergétique des agrocarburants et augmentent considérablement les émissions de GES dans l’atmosphère.
300 ans pour rembourser son carbone
Joseph Fargione et ses collègues de l’Université du Minnesota (Etats-Unis) ont ainsi étudié les effets à long terme de la conversion de terres non cultivables (forêts, savanes, marais, etc) en terres agricoles destinées à la production d’agrocarburants. Ils ont notamment calculé la « dette en carbone » résultant de l’abattage des arbres – qui ne pourront plus fixer le CO2 atmosphérique - et de la décomposition des racines laissées sur place. Or selon les chercheurs, cette dette en carbone est, selon les pays, 17 à 420 fois plus importante que la diminution annuelle des émissions de GES due à l’utilisation des agrocarburants.
Par exemple, la conversion de 10 000 m² de forêt amazonienne en champ de soja libérant 700 tonnes d’équivalent carbone, les gains en émissions dus à l’utilisation du biodiesel produit sur cette surface ne compenseront cette dette qu’au bout de 300 ans ! Pour la forêt indonésienne, évoquée dans le reportage ci-dessous, cette dette serait de 400 ans.
Des émissions doublées pendant 30 ans
Une autre étude, menée par Timothy Searchinger et ses collègues de l’Université Princeton (Etats-Unis), montre que même aux Etats-Unis, la généralisation des carburants agricoles risque d’aggraver l’accumulation des GES. A l’aide d’une modélisation, ils ont estimé les variations des émissions globales de CO2 dues à une conversion massive des prairies et des forêts en champs de maïs destinés à la production de bioéthanol. Ils ont alors constaté que l’utilisation de ce carburant doublera les GES sur 30 ans et continuera de les augmenter pendant 167 ans.
Les auteurs de ces études estiment donc que l’utilisation de la première génération des agrocarburants n’est en aucun cas une solution au problème de l’accumulation des GES responsables du réchauffement global. Ils recommandent plutôt le développement d’un nouveau type de biocarburant dérivé de nos déchets organiques ou de plantes moins gourmandes en terres, en eau et en engrais comme, par exemple, le jatropha.