VIDEO. Avion solaire: «Avec SolarStratos, notre objectif est de franchir la barre 25.087 mètres d’altitude»

ESPACE Premier vol d'essai mercredi, à basse altitude. Mais, très vite, l'idée de l'aventurier suisse Raphaël Domjan et de son équipe est d'aller au-delà des 25.087 mètres d'altitude, et de réaliser un nouveau record...

Fabrice Pouliquen

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@SolarStratos

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Monter très haut dans la stratosphère, jusqu’à tutoyer l’espace… Résumé en une phrase, voilà le nouveau défi de l’aventurier Raphaël Domjan. Le Suisse s’est déjà fait connaître avec le projet PlanetSolar, un tour du monde à bord d’un bateau à énergie solaire bouclé en 2012.
Avec SolarStratos, Raphaël Domjan se prépare cette fois-ci à dépasser les 25.087 mètres d’altitude, record actuel pour un avion en vol. Pour y parvenir, il ne change pas de recette : son avion, avec lequel il effectue un premier vol d’essai mercredi, ne carbure qu’à l’énergie solaire. Interview.

Le Suisse Raphaël Domjan, pilote de l'avion solaire SolarStratos.
Le Suisse Raphaël Domjan, pilote de l'avion solaire SolarStratos. - @SolarStratos

On a beaucoup parlé de SolarImpulse et de son tour du monde bouclé cet été avec un avion à énergie solaire. Beaucoup moins de SolarStratos… Vous en souffrez ?

Pas du tout. Bertrand Piccard [le pilote de SolarImpulse] est un ami. Son projet était complètement fou, mais le nôtre est tout aussi ambitieux. Notre communication est pour l’instant modeste. Nous nous inspirons de la stratégie adoptée par Felix Baumgartner avec le projet Red Bull Stratos. Peu de médias avaient parlé de lui avant qu’il réussisse le plus haut saut en chute libre au monde en octobre 2012. Mais le jour J, il y avait beaucoup de monde devant l’écran.

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Pour un vol stratosphérique, on parle de quelle altitude exactement ?

La stratosphère commence environ à 15.000 – 16.000 mètres d’altitude. Pour avoir un ordre d’idée, un avion de ligne vole à une altitude d’environ 12.000 mètres. Avec SolarStratos, notre objectif est de dépasser la barre 25.087 mètres d’altitude. Jamais un avion est allé plus haut à ce jour en vol. Enfin si, deux. Mais le premier est Helios, le drone solaire de la Nasa, monté à 29.000 mètres d’altitude. Sans homme à bord donc et il a connu des pépins en vol. Le deuxième est un avion de chasse russe qui, en 1977, a atteint les 37.650 mètres d’altitude. Mais lui ne volait pas vraiment. Le pilote a pris de la vitesse, tiré le manche, s’est laissé monter comme un ballon qu’on lance avant de se laisser tomber.

Pourquoi un avion à énergie solaire pour franchir ces 25.000 mètres d’altitude ?

Pour qu’un moteur à propulsion classique marche, il lui faut de l’essence et de l’air. Or plus vous montez en altitude et moins il y a d’air et plus votre moteur est en surrégime. L’avion solaire a cet avantage de n’être aucunement impacté par la pression atmosphérique. Au contraire même, plus SolarStratos prendra de l’altiltude et plus il aura de l’énergie, car moins les rayons du soleil sont filtrés par l’atmosphère et plus il fera froid, ce qui améliore le fonctionnement des panneaux solaires.

A quoi ressemble Solarstratos ?

Il est très beau. C’est un avion bi-place de 25 mètres d’envergure qui ressemble un peu à un planeur. Il embarque 20m² de panneaux solaires sur ses ailes. Dans le nez de l’avion, une batterie de 80 kg permet de stocker l’énergie produite par les panneaux solaires et faire tourner l’hélice. Le tout donn un avion extrêmement fin et léger. Il fait 350 kg, 450 si on ajoute le pilote et sa combinaison spatiale, indispensable lorsqu’on vole à une telle altitude.

Quel est l’enjeu des premiers essais mercredi ?

On a imaginé un avion solaire. Il faut encore vérifier qu’il vole. Il n’y a que six ou sept avions solaires aujourd’hui sur Terre et SolarStratos est assez différent des autres justement parce qu’il est destiné à monter très haut. Est-il stable ? Le design est-il approprié ? Ce vol d’essai et ceux qui suivront répondront aux incertitudes. Ensuite, nous essayerons de devenir le premier avion solaire à voler au-delà de 9.080 mètres, le record actuel du SolarImpulse, d’ici fin 2017. Puis, nous tenterons un premier vol stratosphérique en 2018. Quant à franchir la barre des 25.087 mètres, la date n’est pas encore fixée.

Qu’entendez-vous montrer avec SolarStratos ?

Au 20e siècle, les explorations et autres défis se faisaient aux énergies fossiles, au 21e, elles doivent se faire aux énergies renouvelables. Avec SolarStratos, comme avec PlanetSolar avant, je veux montrer que l’énergie solaire à toute sa place à jouer dans le monde de demain, qu’on peut dépasser même les performances des énergies fossiles.

Il s’agit juste d’une démonstration alors ?

Non, contrairement à PlanetSolar, nous aimerions que l’aventure se poursuive une fois le record battu. Une première piste serait d’envoyer des touristes à la frontière de l’Espace à bord du SolarStratos. La seconde serait de nous appuyer sur l’expérience acquise pour nous lancer dans les drones solaires stratosphériques, capables de voler en haute altitude autour de la terre pendant six mois voire un an. Ces drones ne remplaceront pas les satellites, mais offriront une multitude de nouveaux services. Pour les télécommunications, l’optique, la science…

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