Pourquoi nous semble-t-il parfois que le temps s’écoule au ralenti lors d’une situation de crise intense, par exemple, avant un accident de voiture? Chacun sait que nous ne pouvons pas, comme dans Matrix, agir sur le temps ; mais certains ont suggéré que notre cerveau lui-même pourrait, dans certaines situations d’urgence, fonctionner « plus vite» pour nous permettre de comprendre et de réagir plus rapidement aux évènements extérieurs. Une nouvelle étude, publiée mercredi par la revue PLoS One, montre qu’il n’en est rien et qu’en fait, c’est notre mémoire qui, a posteriori, nous donne l’impression que les expériences stressantes ont duré plus longtemps.
Afin de vérifier la réalité de cette fameuse sensation de ralentissement, le neuropsychologue américain David Eagleman, a imaginé un protocole expérimental permettant de reproduire, en toute sécurité, une situation d’accident. Il a pour cela utilisé une attraction foraine, le Nothin’ But Net , qui consiste à tomber en chute libre, en arrière, sur une cinquantaine de mètres avant d’atterrir dans un filet. La chute dure en moyenne 2,49 secondes et se termine à 113 km/h. Une expérience effectivement très stressante, comme on peut le voir sur cette vidéo d’amateur.
Le temps dure longtemps quand on tombe
Eagleman et ses collaborateurs ont ensuite recruté 20 sujets qui ont accepté de se prêter à l’expérience. Les chercheurs ont tout d’abord demandé aux sujets d’évaluer, à l’aide d’une horloge en carton, la durée des sauts des autres participants ainsi que celle de leur propre saut. Ce qui a permis de constater que ceux-ci surévaluent de 36% en moyenne le temps de leur propre chute. Ce qui confirme qu’au moins subjectivement, le temps ralentit pour ceux qui sentent leur fin arriver…
Toutefois, afin de vérifier si ce «ralentissement subjectif» est dû à un fonctionnement plus rapide de notre cerveau et de nos sens, les scientifiques ont équipés chacun des sujets d’une sorte de montre affichant deux chiffres clignotants que les sujets devaient identifier durant leur chute. En temps normal, quand la fréquence à laquelle ces chiffres alternent dépasse un certain seuil –propre à chaque individu-, le cerveau devient incapable de distinguer et d’identifier les deux chiffres.
Les chercheurs ont donc postulé que si le cerveau accélère vraiment son fonctionnement, cette fréquence seuil devrait augmenter lors de la chute. Après avoir mesuré ce seuil chez chacun des sujets en situation normale et lors de la chute, Eagleman et son équipe, n’ont pas pu mettre en évidence la moindre amélioration.
L'expérience est décrite dans cette vidéo:
Quand les souvenirs rallongent le temps
Selon Eagleman ces résultats démontrent que la sensation de ralentissement du temps est un phénomène réel mais qu’il n’est pas dû à une accélération de notre propre cerveau. Le neuropsychologue pense que plutôt c'est notre mémoire qui nous donne cette illusion. En effet, lors d’un stress, l’amygdale, une zone cérébrale très importante dans la mémorisation, est activée. «De cette manière, les événements stressants sont associés à des souvenirs plus riches et plus denses. Et plus vous avez de souvenirs sur un événement, plus vous avez l’impression qu’il a duré longtemps», explique Eagleman dans son article.