Un embryon chimérique de cochon contenant des cellules humaines, créé par des chercheurs de l'Université de San Diego.
Un embryon chimérique de cochon contenant des cellules humaines, créé par des chercheurs de l'Université de San Diego. - SALK INSTITUTE

Certes, le titre fera frissonner tous ceux qui ont lu L’Ile du docteur Moreau. Mais l’avancée de chercheurs de l’université de San Diego, qui ont réussi à intégrer des cellules souches humaines à des embryons de cochon, pourrait avoir de nombreuses applications médicales. Même si on est encore loin d’une greffe d’un foie chimérique, la technique semble prometteuse.

Un embryon cochon-humain, comment ça marche ?

Les chercheurs du Salk Institute prennent un embryon de cochon âgé d’un jour. Avec la technique d’editing génétique CRISPR, qui est en train de révolutionner le secteur, ils effectuent une sorte de « couper-coller » :

  • Ils coupent l’information génétique d’une partie de l’ADN du cochon qui donnerait, par exemple, un pancréas. C’est possible car le génome de l’animal a été entièrement cartographié, il suffit donc de rechercher, via un ordinateur, une séquence précise, comme dans un traitement de texte. Une enzyme, la fameuse Cas9, joue le rôle de « scalpel chimique ».
  • Ils injectent des cellules souches humaines dont l'ADN vient boucher les sections manquantes.
  • Ils implantent l’embryon dans une truie.
  • Après 28 jours, certains embryons contiennent à la fois du matériel génétique cochon et humain.

Des embryons à 99,999 % cochon

Sur près de 2.000 embryons, seulement 10 % ont atteint le 28e jour de gestation – les grossesses sont alors interrompues, pour des raisons éthiques. Les analyses ont révélé qu’ils contenaient en moyenne une cellule humaine pour 100.000 cellules de cochon. Le matériel génétique humain était le plus concentré dans les tissus amenés à devenir le cœur (10 %), les reins et le foie (1 %).

Des cellules souches humaines (en vert) sont intégrées aux cellules du cochon (en bleu).
Des cellules souches humaines (en vert) sont intégrées aux cellules du cochon (en bleu). - SALK INSTITUTE

Potentiellement, un organe adulte en neuf mois

Pourquoi expérimenter sur des cochons ? Pablo Ross, l’un des auteurs de l’étude, avait expliqué à 20 Minutes l’an dernier que la gestation ne dure que quatre mois. Et qu’il suffit de cinq mois supplémentaires pour qu’un porcelet atteigne une masse de 90 kilos. Il serait donc,  en théorie, possible d’obtenir un coeur chimérique prêt à être greffé en seulement neuf mois. L’organe aurait l’anatomie d’un cœur de cochon (qui est suffisamment proche du nôtre) mais une composition génétique humaine, ce qui lui permettrait de ne pas être rejeté par notre système immunitaire. Une avancée cruciale, alors que 10.000 personnes meurent chaque année dans l’attente d’une greffe rien qu’aux Etats-Unis.

Et le risque des cochons intelligents ?

Dans les embryons obtenus, un nombre infime de cellules souches humaines se sont transformées en précurseurs des neurones. En clair, si les grossesses avaient été menées à terme, les porcelets auraient été dotés d’un cerveau chimérique contenant des cellules humaines. C’est pour cette raison que l’agence américaine pour la santé avait imposé un moratoire sur le financement public de ce type de recherches en 2015. Court-on le risque de créer un cochon intelligent, qui développerait une conscience de soi ? Pour l’instant, non, car on ne parle que de quelques cellules. Mais si le pourcentage augmentait ? « On ne sait pas », admet Pablo Ross. Bientôt au cinéma : La Planète des cochons : L’affrontement.

 

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