Vue d'artiste de la surface de l'exoplanète Proxima B
Vue d'artiste de la surface de l'exoplanète Proxima B - ESO/AP/SIPA

Savoir qu’elle existe, c’est formidable. Mais de là à y emménager, mieux vaut ne pas compter dessus tout de suite.

La découverte de Proxima B, la planète la plus proche de la Terre en dehors de celles du système solaire, est certes encourageante.

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D’une masse comparable à notre caillou (30 % de plus quand même, selon ses codécouvreurs), la nouvelle venue a toutes les chances d’avoir un sol, un vrai, pas comme les gazeuses Jupiter, Saturne, Neptune et Uranus.

Autre point fort : Proxima B se situe dans une relative zone de confort vis-à-vis de son étoile, à 7,3 millions de kilomètres, quand la présence de vie semble possible, d’après les chercheurs, entre 6,3 et 12,2 millions.

Pour le reste, c’est encore un peu l’aventure.

  • Climat : Frisquet.

Proxima B a beau se trouver 20 fois plus près de son étoile que nous vis-à-vis du Soleil, ce n’est pas pour autant la Côte d’Azur. Proxima du Centaure, son étoile, est une naine rouge dont la surface est deux fois moins chaude (2.800°C) que celle de notre Soleil. En conséquence, les chercheurs ont évalué à -39°C la température moyenne sur Proxima B, en dehors d’un éventuel effet de serre induit, par exemple, par l’eau ou le CO₂.

L’espoir subsiste : Sur Terre, sans l’effet de serre provoqué par l’atmosphère, on en serait à -18°C. Et pourtant, il a fait 34,5°C à Lille le 24 août 2016.

  • Atmosphère : Pas gagné

Malheureusement, il est difficile de détecter une enveloppe gazeuse à quarante mille milliards de kilomètres de distance. En attendant de disposer d’outils d’observation plus puissants, les chercheurs peuvent seulement indiquer que la présence d’une atmosphère n’est « pas définitivement exclue », malgré quelques circonstances décourageantes.

Proxima B est notamment si proche de son étoile (qui ne pèse que 12 % du poids du Soleil) que l’atmosphère a pu se trouver « érodée » par les radiations et orages magnétiques de Proxima du Centaure. En outre, il y a une chance significative pour que la planète ne présente qu’une seule face à son étoile, bloquée comme la Lune l’est, vis-à-vis de la Terre. Il faudrait alors une circulation intense pour que l’atmosphère se stabilise, notent les chercheurs.

  • Conditions de vie : Irradiées plutôt que radieuses

Radiographie gratuite à tous les coups. Les naines rouges comme Proxima du Centaure sont, d’après l’astrophysicien Michaël Gillon, « très actives et possèdent un champ magnétique très puissant ».

D’après les chercheurs qui ont découvert Proxima B, la planète recevrait ainsi l’équivalent de 600 fois le flux magnétique envoyé par le Soleil à la Terre, et 400 fois le rayonnement X. Rédhibitoire pour faire pousser des patates ? « On ne sait jamais, il est possible que des formes de vie s’adaptent aux radiations », tempère Michaël Gillon. En outre, l’activité des naines rouges diminue avec le temps : Proxima du centaure a peut-être déjà atteint l’âge de raison.

  • Voyage : Dans très longtemps

Pour parcourir les quarante mille milliards de kilomètres qui nous séparent de Proxima B, il faudrait, estime Michaël Gillon, 50.000 ans à bord d’une navette spatiale équipée de la technologie actuelle. Même à la vitesse d’une sonde spatiale comme Hélios, l’objet le plus rapide jamais construit par l’homme (70 km/s), il faudrait encore 18.000 ans. Seul espoir raisonnable, pour l’astrophysicien : « Maîtriser la fusion nucléaire », une technologie qui permettrait d’atteindre les 30.000 km/s et d’approcher Proxima B en une quarantaine d’années.

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