Le 4 octobre 1957, l'URSS envoie en orbite le Spoutnik, avant que ce dernier ne commence à émettre son célèbre "beep, beep", ouvrant l'ère de la conquête spatiale.
Le lendemain, le quotidien officiel Pravda n'y consacre que quelques lignes. En fait, selon Serguei, le fils de l'ex-numéro un soviétique Nikita Krouchtchev, l'URSS n'a pas immédiatement mesurée l'importance de l'envoi en orbite du premier satellite artificiel Spoutnik ; ce lancement a en revanche provoqué une "paranoïa positive" aux Etats-Unis.
"A ce moment-là, nous n'avons pas compris l'importance de ce que nous avions fait. Les conséquences de cet évènement ne sont devenues claires que bien plus tard", a déclaré Sergei Krouchtchev, professeur à l'université américaine Brown (Rhode Island, nord-est) lors d'un débat à l'occasion du cinquantenaire de l'évènement. "C'était comme lancer une balle très loin, qui nous prouvait que nous étions sur le bon chemin",
Il est vrai que pour les militaires soviétiques, qui ont financé le lancement de Spoutnik, l’objectif principal n’était pas l’espace mais la mise au point de missiles capables d’envoyer des charges nucléaires d’un continent à l’autre. C’est l’approche visionnaire de l’ingénieur Sergei Korolev, chargé dès 1945 de travailler sur les plans des missiles V2 de l’allemand Werner von Braun, qui a détourné ce programme militaire et conduit l’URSS dans la course à l’espace.
Von Braun contre Korolev
Les Etats-Unis ont quant à eux tiré pleinement profit de l'épisode Spoutnik, vécu comme un affront en pleine guerre froide, a estimé Sergei Krouchtchev. "Cela a sorti les Américains de leur torpeur", a-t-il commenté. "Toute menace crée une paranoïa qui peut être utilisée de façon négative ou positive. La peur déclenchée par Spoutnik a été utilisée de manière positive, elle a eu des conséquences sur le système éducatif", en provoquant notamment des investissements en faveur de l'enseignement scientifique, a-t-il poursuivi.
L’humiliation représentée par Spoutnik a eu un autre effet majeur. Elle a poussé l’armée US à confier son programme spatial à l’ancien officier SS -désormais naturalisé américain- Werner von Braun. En janvier 1958, sa fusée Jupiter permettra d’envoyer en orbite le premier satellite américain, Explorer 1. C’est également lui qui aménera les concevra les fusées Saturn du programme Apollo.