L’entomologiste Klaus Reinhardt et son équipe ont mis en évidence chez les insectes une manifestation étrange de la guerre des sexes : chez certaines espèces, l’accouplement est si traumatisant que les individus ont tendance à travestir leur sexe.
La punaise de la chauve souris africaine, aussi appelée Afrocimex constrictus, est un minuscule insecte rougeâtre qui peut éventuellement piquer l’homme. Pour ce parasite, l’accouplement n’est pas une partie de plaisir. En effet, pour inséminer la femelle, le mâle lui perce les flancs, au risque de la blesser mortellement. En outre, l’insecte n’étant pas très éveillé, il est fréquent que des mâles tentent de s’accoupler à d’autres mâles.
Pour minimiser le risque de blessure fatale lors de ces ébats forcés, mâles et femelles ont développé des sortes d’anfractuosités latérales qui guident les organes génitaux de la punaise mâle et favorisent la pénétration. Ces structures permettent que le percement ait lieu au même endroit à chaque accouplement, ce qui réduit la gravité et l’étendue des cicatrices.
L’ennui, pour les mâles, c’est que ces structures les font paraître plus féminin, ce qui les expose plus aux assauts perceurs et blessants des autres mâles. Aussi, pour signaler leur virilité, ils ont développé une forme d’anfractuosité génitale différente, plus ouverte et plus accessible. Reinhardt a pu effectivement constater que cette adaptation réduit la fréquence des rapports homosexuels masculins chez la punaise.
Mais les mâles n’étant pas les seuls à vouloir se soustraire à la copulation-piercing, certaines punaises femelles ont elles aussi modifié l’apparence de leurs cavités génitales de manière à lui donner une apparence plus virile. Les chercheurs ont observé que ces femelles à cavité « masculine » montrent moins de cicatrices d’accouplement que celles qui sont équipées de cavité « féminine ». Ces derniers, dont les travaux seront prochainement publiés dans la revue American Naturalist, aimeraient maintenant comprendre pourquoi certaines punaises continuent d’arborer des cavités génitales « féminines ».