Un joueur de go à Lille, en 2012.
Un joueur de go à Lille, en 2012. - PHILIPPE HUGUEN / AFP

« Le nombre de combinaisons possibles [au jeu de go] est supérieur au nombre d’atomes dans l’Univers ». Avec cette petite phrase, Demis Hassabis en dit long sur la barrière technologique qui vient d’être abattue par Google DeepMind : la société, dont il est le cofondateur, a développé un programme capable de battre, pour la première fois, un champion humain à ce jeu venu de Chine.

Dénommé AlphaGo, le programme informatique a défait en octobre par 5 à 0 Fan Hui, un joueur professionnel chinois installé en France et considéré comme le plus fort d’Europe, ainsi que le révèle une étude publiée mercredi dans la revue britannique Nature. Une victoire « qui donnait des frissons à regarder », avoue le Dr Tanguy Chouard, rédacteur en chef chez Nature.

« Le jeu le plus complexe inventé par l’Homme »

Par cette défaite de l’homme, DeepMind signe une grande victoire pour l’intelligence artificielle, jusqu’ici incapable de battre un champion humain de go, un jeu aux règles « très simples », mais « probablement [le] plus complexe inventé par l’Homme », souligne Demis Hassabis.

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Le jeu, qui aurait été inventé en Chine il y a plus de 2.500 ans, se pratique à deux, avec des pions (pierres) noirs et blancs que l’on place sur les intersections d’un plateau quadrillé appelé goban. Le but du jeu est d’occuper le plus d’espace possible, en bloquant peu à peu les pions de l’adversaire et en les capturant.

« Les gens pensaient que les ordinateurs n’en seraient pas capables »

« Pendant des décennies, les gens ont pensé qu’il y avait quelque chose de mystique dans le jeu de go et que les algorithmes ne seraient pas capables d’atteindre ou de dépasser les performances humaines », note David Silver, lui aussi de Google DeepMind et coauteur de l’article. « Les gens pensaient que c’était tellement intuitif que les ordinateurs n’en seraient pas capables, poursuit-il. Nous avons prouvé que cela n’était pas le cas. »

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Pour permettre à un ordinateur de gagner à un jeu, les ingénieurs lui font généralement envisager toutes les combinaisons et choisir la meilleure : une stratégie qui fonctionne pour des jeux simples comme le morpion. Mais cette approche se révèle difficile avec les échecs, où les joueurs ont environ 35 possibilités à chaque tour, et d’autant plus au go, qui offre environ 250 possibilités par tour, pendant environ 150 tours.

De « Space Invaders » au go

Les équipes de DeepMind ont donc associé des méthodes d’intelligence artificielle avancées avec des réseaux comportant des millions de connexions neuronales. Ces réseaux neuronaux ont appris 30 millions de mouvements exécutés par des humains. Mais AlphaGo ne se contente pas d’imiter l’homme. Le système a aussi découvert de nouvelles stratégies, en disputant des millions de parties entre ses réseaux neuronaux et en s’améliorant au fil des mois. L’an dernier, un système informatique développé par DeepMind et capable d’apprendre tout seul avait déjà battu l'homme à des jeux vidéo comme Space Invaders.

La prochaine étape ? « A présent, il nous faut démontrer que nous sommes capables de battre le meilleur joueur mondial » de ces dix dernières années, avoue David Silver. Il s’agit du Sud-Coréen Lee Sedol, âgé de 32 ans, et classé 9e dan - le plus haut niveau en go. Le tournoi aura lieu en mars à Séoul. Le vainqueur gagnera 1 million de dollars. Si c’est la machine de DeepMind qui l’emporte, la somme sera reversée à des causes caritatives.

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