Vue d'artiste du robot Philae posé sur la comète Tchouri.
Vue d'artiste du robot Philae posé sur la comète Tchouri. - ESA/SIPA

« C’est une manœuvre désespérée. » La formule de Philippe Gaudon, chef de projet Rosetta au Cnes, a le mérite d’être claire. Il faut dire que l’ultime tentative de l’Agence spatiale européenne (ESA) pour communiquer avec le robot Philae, posé depuis plus d’un an sur la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko (Tchouri), n’est pas un succès garanti, loin de là.

Quelque part sur cette comète, Philae agonise… (c) ESA/SIPA

A moitié couché dans un coin peu ensoleillé de sa comète, Philae n’a plus réussi à communiquer avec la sonde Rosetta, qui tourne autour de Tchouri, depuis le mois de juillet. Et son temps est compté, car en s’éloignant du Soleil, la comète refroidit et s’assombrit : fin janvier, le taux d’ensoleillement du robot deviendra trop faible et sa température interne trop basse pour fonctionner. Voilà pourquoi une commande doit être envoyée ce dimanche et les jours qui suivent à Philae. Un ordre simple : essayer de bouger.

« On ne maîtrisera pas la trajectoire »

A l’intérieur du robot se trouve une roue d’inertie, qui servait à le stabiliser pendant sa descente vers la comète. En l'activant, on pourrait faire bouger Philae et ses panneaux solaires, qui s’aligneraient avec le Soleil et perdraient au passage la poussière qui n’a pas manqué de les recouvrir quand Tchouri a « fondu », cet été, en passant à son périhélie. « Nous ne sommes pas sûrs que Philae reçoive la commande, convient cependant Philippe Gaudon. Et si la roue s’active, on ne maîtrisera pas la trajectoire, c’est donc risqué. » Par prudence, la manœuvre n’avait pas été tentée jusqu’ici. Mais l’heure n’est plus à la prudence.

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Si, comme on s’y attend, la tentative échoue, Philae restera comme un demi-échec pour l’ESA. « Ou un demi-succès, car on a tout de même réussi à poser un robot sur une comète, ce qui était extrêmement compliqué », tempère Philippe Lamy, directeur de recherche émérite au laboratoire d’astrophysique de Marseille. Contacté dimanche par 20 Minutes, celui qui a notamment conçu une des caméras de Rosetta évoque les succès de Philae qui nous a tant appris sur la composition, la structure et les propriétés de Tchouri.

« Mais le plus attendu était le forage de la surface de la comète, avec le prélèvement et l’analyse d’échantillons par le mini-laboratoire de Philae, regrette-t-il. Ça n’a pas pu être fait car le robot, trop penché, a foré dans le vide. »

Même si l’aventure de Philae laisse une impression de frustration, la mission Rosetta, elle, est globalement réussie. Et n’est pas encore terminée : que Philae se réveille ou pas, la sonde européenne va continuer le travail. « Elle va observer la comète jusqu’en septembre en se rapprochant petit à petit, indique Philippe Lamy, ce qui lui permettra de faire de nouvelles mesures et observations. »

Ensuite, Rosetta continuera de transmettre ses données depuis la surface de la comète, après s’y être posée. Une manœuvre qui promet d’être difficile, mais comme le confie Philippe Lamy, « il est sans doute plus réaliste de poser Rosetta dans neuf mois que de décoincer Philae aujourd’hui ».

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