Un cochon de l'université UC Davis, en Californie.
Un cochon de l'université UC Davis, en Californie. - UC DAVIS

Dans le cochon, tout est bon. Y compris, potentiellement, d’injecter des cellules humaines dans un embryon animal pour obtenir un organe (foie, cœur) en vue d’une greffe. Fin 2015, l’agence gouvernementale américaine pour la santé, le NIH, a cependant gelé les fonds fédéraux pour la recherche sur ces « embryons chimériques » face aux inconnues et aux questions éthiques. Mais des scientifiques font toutefois des expériences pour mieux comprendre le potentiel et les risques de ces manipulations. 20 Minutes fait le point avec l’un d’entre eux, le vétérinaire et biologiste Pablo Ross, de l’université UC Davis.

Une chimère, c’est quoi ?

Un être vivant qui contient du matériel génétique de deux espèces différentes. Dans la photo ci-dessous, l’un des pionniers du secteur, le Japonais Hiromitsu Nakauchi, a créé des rongeurs hybrides. De droite à gauche: une souris, une souris-rat, un rat-souris et un rat.

(H.Nakauchi/Stanford)

Injecter des cellules humaines dans un embryon de cochon, comment ça marche ?

Grâce aux progrès en génétique, les chercheurs peuvent réaliser une sorte de couper/coller. Ils identifient une séquence et modifient l’ADN de l’embryon animal pour désactiver la formation de certains tissus – par exemple du cœur ou du foie. Puis, ils injectent des cellules souches humaines. Le problème actuel, explique Pablo Ross, « c’est que nous ne contrôlons pas l’étape de différenciation. » Traduction : les cellules souches humaines ne vont pas forcément créer l’organe voulu. « Pour le moment, nous cherchons à déterminer si les cellules humaines peuvent s’intégrer. Et quel type de tissus elles peuvent contribuer à créer ».

Un hybride cochon-humain est-il né ?

Non. Les embryons sont implantés dans des truies porteuses mais les gestations sont volontairement interrompues après 28 jours par prudence. C’est suffisant pour voir si un organe primitif se développe. « Pour l’instant, nous n’avons pas eu de succès, mais nous n’avons pas encore analysé tous les embryons », précise le chercheur.

L’organe obtenu serait-il humain ou animal ?

C’est compliqué. « Il pourrait être chimérique si des cellules de l’embryon (notamment sanguine, ndr) se mélangent », note Ross. Si tout va bien et que l’organe est composé à 100% de cellules humaines, il aurait cependant la taille et les caractéristiques anatomiques d’un cœur de cochon.

Mais, peut-on greffer un cœur de cochon composé de cellules humaines ?

C’est la beauté du cochon. La gestation ne dure que quatre mois. Et il ne faut ensuite que cinq mois au porcelet pour atteindre un poids de 90kgs. Le cœur est alors à la bonne taille, avec une anatomie suffisamment proche de celui de l’homme pour être greffé. Et parce que les cellules souches originelles viennent du patient, il n’y aurait – en théorie – pas de rejet.

Y a-t-il vraiment besoin de cette méthode pour le don d’organes ?

En France 20.000 personnes étaient en attente d’une greffe en 2014. Aux Etats-Unis, elles sont 120.000. Dans le monde entier, plusieurs millions. Face à la pénurie, plusieurs pistes sont explorées, comme les embryons hybrides. D’autres chercheurs espèrent pouvoir créer un organe en manipulant les cellules grâce aux progrès de l’impression 3D. Dans un cas comme de l’autre, la route est encore longue, et le débat éthique ne fait que commencer.

Quid du risque d’avoir des animaux intelligents ?

C’est l’une des raisons invoquée par l’agence américaine pour la santé pour appeler à la prudence. « Le spectre d’une souris intelligente coincée dans un laboratoire en hurlant ''Laissez-moi sortir'' serait troublant pour de nombreuses personnes », a expliqué le NIH. C’est sans doute assez peu probable, car leur cerveau, même composé de cellules humaines, aurait la taille de celui d’une souris. Mais un cochon pourrait-il être plus intelligent ? Voire développer une conscience de soi ? « On ne sait pas », admet Pablo Ross, qui note cependant que « les différences anatomiques dans le système nerveux central pourraient bloquer la conscience dans un cerveau de cochon ». Le chercheur rappelle que des cellules cérébrales humaines ont déjà été injectées chez des souris pour les rendre plus intelligentes. « Ont-elles développé une conscience ? On l’ignore. »

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