Un cochon de l'université UC Davis, en Californie.
Un cochon de l'université UC Davis, en Californie. - UC DAVIS

Besoin d’une greffe de foie ? Injectez des cellules souches humaines dans un embryon de cochon, attendez un an, et voilà, vous avez un organe prêt à être transplanté, sans risque de rejet. L’idée, controversée, intéresse les chercheurs depuis de nombreuses années. A tel point qu’aux Etats-Unis, l’agence gouvernementale pour la santé, le NIH, a gelé les fonds fédéraux pour la recherche sur ces « embryons chimériques » fin 2015, appelant à la prudence. Mais cela n’empêche pas des scientifiques d’expérimenter avec du financement privé.

Selon une enquête de la publication du MIT Technology Review, trois équipes de chercheurs ont fabriqué 20 embryons cochon-humain et mouton-humain au cours de l’année écoulée, qu’ils ont inséminés dans des femelles porteuses. Toutes les grossesses ont été interrompues avant terme, précise le site, car il s’agissait avant tout de mieux comprendre le mécanisme. Les résultats n’ont pas encore été publiés, et on ne sait pas si la création d’organes a été un succès.

0,5 % de cellules humaines

Pour jouer les apprentis Dr Moreau, les chercheurs utilisent les dernières avancées en matière de manipulation génétique. Pour faire simple, c’est un peu comme du « couper/coller ». Ils identifient une séquence et modifient l’ADN d’un embryon de cochon pour désactiver la formation de certains tissus – par exemple le cœur ou le foie. Puis, ils injectent ensuite des cellules souches humaines, capables de se transformer en n’importe quel type de tissu.

La force de cette technique, c’est qu’il n’y a pas besoin d’utiliser des cellules souches embryonnaires. Grâce aux travaux de Shinya Yamanaka, Nobel de médecine en 2012, il est possible de reprogrammer de cellules adultes, de peau ou de sang, notamment, pour les transformer en cellules souches « pluripotente induite » (iPS).

Le spectre d’animaux intelligents

Si le NIH a appelé à la plus grande prudence, c’est surtout parce que les cellules souches humaines peuvent entrer en jeu dans la fabrication du tissu cérébral d’un animal. « Le spectre d’une souris intelligente coincée dans un laboratoire en hurlant ''Laissez-moi sortir'' serait troublant pour de nombreuses personnes », a expliqué l’agence de santé en novembre dernier.

Hiromitsu Nakauchi, l’un des pionniers du secteur, qui a quitté le Japon pour rejoindre l’université de Stanford, n’est pas d’accord. Il explique au site Technology Review que le pourcentage de cellules humaines de l’hybride est limité, à 0,5 %, et qu’il n’y a donc pas de risque – surtout vu la faible taille du cerveau des animaux – d’obtenir un cochon qui parle. On n’est pas complètement rassurés.

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