Illustration d'une explosion thermonucléaire.
Illustration d'une explosion thermonucléaire. - SUPERSTOCK/SIPA

Il avait prévenu il y a trois semaines que l’année 2016 serait celle de la bombe à hydrogène : Kim Jong-un affirme ce mercredi avoir mené avec succès un essai nucléaire avec une bombe H, provoquant un concert de condamnations internationales mais aussi le scepticisme des experts : au vu des données sismiques, on aurait plutôt affaire à une bombe A.

Et la différence est d’importance. Pour la comprendre, faisons un peu de physique : la bombe A, pour « atomique », repose sur le principe de fission nucléaire. On balance un neutron sur un atome instable de plutonium ou d’uranium, qui éclate en deux atomes. Ça crée de l’énergie, des radiations et de nouveaux neutrons, qui à leur tour pourront éclater des atomes instables, provoquant une réaction en chaîne. Les bombes larguées sur le Japon en 1945 reposaient sur cette technologie.

La bombe H, une puissance phénoménale

Passons à la bombe H, pour « hydrogène », conçue et testée au début de la Guerre froide. Elle repose cette fois sur la fusion nucléaire : deux atomes légers d’hydrogène sont rapprochés au point de fusionner, donnant un noyau instable qui, en tentant de retrouver sa stabilité, créera énormément d’énergie – bien plus que lors d’une fission. Problème : le processus requiert une température très haute, de l’ordre de plusieurs millions de degrés. Pour l’atteindre, la bombe H utilise en fait au moins deux étages : le premier déclenche la fission nucléaire, élève la température, et permet au deuxième de déclencher la fusion nucléaire.

Pour résumer, la bombe H ou thermonucléaire, jamais encore utilisée en dehors de tirs d'essai, est au moins 1.000 fois plus puissante que la bombe A, mais sa technologie est bien plus dure à maîtriser. D’ailleurs, de nombreux experts doutent que la Corée du Nord la possède vraiment. « S’il s’était agi d’une véritable bombe H, le relevé de l’échelle de Richter aurait dû être 100 fois plus élevé », évoque l’un d’entre eux, Bruce Bennett, analyste à la Rand Corporation. Qui avance deux hypothèses : soit l’essai nucléaire a été réalisé avec une bombe A comparable à celle larguée sur Hiroshima ; ou alors il s’agissait bien d’une bombe H, mais la partie « fusion » n’a pas fonctionné.

Pour Seong Chai-Ki, chercheur à l’Institut coréen pour les analyses de défense, l’explosion de mercredi était plus probablement celle d’une bombe à fission dopée - où la fusion entre aussi en jeu - souvent considérée comme une étape intermédiaire avant la bombe H. « Certains s’attendaient à ce que la Corée du Nord teste d’abord une bombe à fission dopée, avant d’essayer directement une bombe à hydrogène », a-t-il observé.

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