Non, l'astéroïde qui a frôlé la Terre ne vaut pas 5.000 milliards d'euros

ASTRONOMIE Et même s'il les valait, de sérieux obstacles se dressent encore sur la route de l'exploitation commerciale des objets célestes...

Nicolas Bégasse

— 

Vue d'artiste d'un astéroïde passant à proximité de la Terre.

Vue d'artiste d'un astéroïde passant à proximité de la Terre. — P.CARILL/ESA

Cinq mille milliards d’euros, trois mille milliards de livres sterling, 5,4 trillions de dollars… Quelle que soit la monnaie utilisée, le chiffre impressionne: l’astéroïde 2011 UW158, qui a frôlé la Terre à une distance de quelque 2,4 millions de kilomètres dans la nuit de dimanche à ce lundi, a été décrit par plusieurs médias comme une véritable pépite flottant dans l’espace. Sauf qu’en fait, le gros caillou ne vaut sans doute rien. Explication.

Des astéroïdes qui passent très près de la Terre, il y a en régulièrement, et des bien plus proches qu’UW158. Si celui-ci a eu un écho médiatique, c’est donc plutôt en raison de sa valeur inestimable : l’objet pourrait contenir des millions de tonnes de platine, l’un des métaux les plus chers du monde. Or deux sociétés, Deep Space Industries et Planetary Resources, comptent un jour exploiter les ressources des astéroïdes à des fins commerciales. Et même si ces sociétés sont toutes jeunes, on est tenté de prendre au sérieux un projet sponsorisé par James Cameron ou le cofondateur de Google.

Un prix contestable

Admettons donc que les astéroïdes ont un prix. Qui, au juste, a estimé celui d’UW158? Les articles qui le mentionnent évoquent tous le site Sloosh, un «observatoire communautaire» proposant de suivre en vidéo le passage de notre astéroïde. Dans ladite vidéo, on découvre l’identité de l’homme qui semble être à l’origine de l’impressionnante estimation: Chris Lewicki, qui connaît bien le sujet vu qu’il est le président de… Planetary Resources. Une source pas vraiment désintéressée. D’ailleurs, quand l’astronome de Sloosh demande à Lewicki comment il a obtenu ce chiffre astronomique, il est remercié pour sa question mais n’obtient aucune réponse.

Les experts contactés par 20 Minutes s’étonnent d’ailleurs qu’un tel chiffre ait pu être repris alors qu’il ne repose sur aucune donnée scientifique. «Il n’y a pour l'instant aucun indice de présence de métal sur cet astéroïde», lance l’astrophysicien Patrick Michel, directeur de recherche CNRS à l’Observatoire de la Côte d’Azur. «Ceux qui avancent ces chiffres me paraissent très optimistes», relève poliment Hervé Cottin, professeur au Lisa et à l’Upec. Et pour cause: avec les moyens actuels, il n’est pas possible de savoir de quoi est fait un tel astéroïde, tout au plus peut-on avoir une idée de la composition des premiers micromètres de sa surface. Le reste n’est qu’extrapolation.

Les astéroïdes, copropriété de l'humanité

Et même si l’on trouvait un astéroïde rempli de platine, deux grands obstacles interdisent encore de l’exploiter. D’abord la technologie, bien sûr: forer un tel objet serait déjà une prouesse ; faire en sorte que l’opération soit rentable paraît improbable – «irréaliste», pour citer Hervé Cottin. Car si, de l’aveu de Patrick Michel, la question de l’exploitation des astéroïdes n’est pas taboue chez les scientifiques, «ce ne sera pas forcément pour faire du business, mais pour l’exploration spatiale», par exemple en captant les ressources d’un astéroïde pour permettre à un vaisseau de se ravitailler «sur place» et donc d’aller plus loin. Faire de la science, oui, faire de l’argent, c’est moins sûr.

Le second obstacle, c’est le droit. Depuis 1967, les Nations-Unies considèrent que les objets célestes –planètes, astéroïdes, lunes…- appartiennent à l’humanité dans son ensemble. De quel droit, alors, une entreprise privée pourrait-elle les exploiter? Quelqu’un a un jour posé la question à Chris Lewicki. De source bien informée, le président de Planetary Resources aurait répondu: «J’en ai fait la demande au Congrès américain, il n’y a pas de problème.» Optimiste, en effet.