Le Royaume-Uni va-t-il devenir la zone franche des biologistes du monde entier ? Après la brebis clonée Dolly en 1996, après avoir été l’un des premiers pays à autoriser le clonage humain thérapeutique en 2004, la patrie d’Isaac Newton et d’Alan Turing s’apprête aujourd’hui à autoriser la création d’embryons combinant des cellules humaines et des cellules animales.
A la fin de l’année 2006, un projet de réforme de la loi britannique sur la bioéthique de 1990 proposait encore d’interdire toute recherche sur les embryons hybrides ou les chimères. Le ministère de la santé anglais a donc surpris tout le monde en revenant sur cette position. En effet, le nouveau texte propose de légaliser sous condition les travaux scientifiques sur certains types d’hybrides homme-animal.
Les trois petits hybrides
Seuls trois procédés d’hybridation vont ainsi être autorisés. Tout d’abord, les hybrides cytoplasmiques, ou cybrides, dans lesquels le noyau de la cellule animale est remplacé par un noyau de cellule humaine ; cette technique permet notamment d’obtenir des cellules souches humaines par clonage sans avoir recours à des œufs humains. Second procédé d’hybridation légalisé : la création d’embryons humains transgéniques en « injectant » des gènes animaux dans l’ADN d’un embryon humain. Enfin le projet de loi prévoit également d’autoriser les chimères obtenues en greffant des cellules animales sur un embryon humain.
Des conditions strictes
Autorisés uniquement à des fins de recherche, ces embryons hybrides ne pourront pas être cultivés plus de 14 jours et il sera interdit de les réimplanter dans le ventre d’une mère porteuse. Par ailleurs, la nouvelle loi interdira formellement la création de «vraies chimères» issues de la fusion des gamètes (spermatozoïde ou ovule) d’un homme et d’un animal.
Une décision controversée
Trois équipes scientifiques, dont celle du « père » de Dolly, ont déjà demandé l’autorisation de créer des embryons hybrides homme-vache ou homme-lapin. Le projet, qui doit maintenant être examiné par une commission parlementaire avant d’être adopté, suscite une vive controverse au Royaume-Uni. Certains doutent de l’intérêt scientifique de tels travaux et craignent qu’une légalisation des embryons hybrides aboutisse immanquablement à la création de « Frankenbunnies », équivalents mi-homme mi-animal de la créature de Frankenstein. En revanche, pour le gouvernement et pour de nombreux chercheurs, cette loi va permettre aux laboratoires anglais de rester à la pointe de la recherche en biologie.
En France, comme en Italie ou en Allemagne, les hybrides homme-animal sont interdits.