Image de simulation: le IXV de l'ESA lors de sa rentrée dans l'atmosphère.
Image de simulation: le IXV de l'ESA lors de sa rentrée dans l'atmosphère. - ESA

Ce mercredi, l’Europe entre dans une nouvelle ère spatiale. Ou en tout cas, elle y met un pied, en réalisant le vol test de l’IXV, pour Intermediate eXperimental Vehicle, le nec plus ultra du transport spatial conçu par l'Agence spatiale européenne (ESA). Avec l’aide de Stéphane Dussy, responsable du système avionique de véhicule cobaye de rentrée atmosphérique, 20 Minutes fait le tour des enjeux et des risques de cette mission inédite.

>> A lire: Le «taxi de l’espace» est prêt pour son vol test

En quoi est-ce un événement?

Le vol test de ce mercredi est d’abord une grande première pour l’Europe. «Contrairement aux Russes, aux Américains et aux Chinois, et c’est un peu une anomalie, l'Europe ne sait pas ramener sur Terre des objets de manière intacte», explique Stéphane Dussy. Mais l’IXV ne va pas faire que rattraper un retard. Il est aussi un appareil inédit, plus manœuvrable qu’une capsule, moins complexe qu’une navette dotée d’ailes. «Faire une rentrée atmosphérique avec ce type de véhicule est une première mondiale.»

Comment va se passer le test?

Le véhicule va décoller de Guyane vers 14h (heure de Paris) à bord d’une fusée, qui le lâchera à 320km d’altitude. IXV continuera de monter jusqu’à 450km avant de chuter dans l’atmosphère à 27.000km/h et de tomber dans le Pacifique où il sera récupéré par un bateau. En tout, le test durera 100 minutes.

Même s’il se dit optimiste, l’ingénieur de l’ESA admet que «si on a besoin d’un démonstrateur pour valider nos technologies, c’est que la mission comporte des risques». Au cours de cet exercice périlleux, le véhicule pourrait être détruit en quelques secondes.

Quels en sont les objectifs?

Lors de la rentrée dans l’atmosphère, la température va grimper à 1.600 degrés. Le premier objectif est de voir si IXV résiste à la chaleur. «Les parties noires de l’appareil vont rester intactes lors de la rentrée. Les parties blanches, moins chères et plus légères, vont se dégrader au fur et à mesure de l'échauffement pendant la rentrée», prévoit Stéphane Dussy. Deuxième objectif: tester le guidage du véhicule dans l’atmosphère, très compliqué à obtenir. IXV sera amené à bon port grâce son fuselage, qui lui permet de planer, et à «deux volets situés à l’arrière qui fonctionnent comme des pattes de canard» pour diriger l’appareil lors de sa chute.

Quelles applications concrètes en cas de succès de la mission?

A court terme, IXV est un premier pas vers la capacité pour l’Europe de ramener des objets depuis l’espace, comme du matériel de l’ISS ou des échantillons de planète. A moyen terme, «cette technologie de rentrée pourrait être appliquée pour développer des lanceurs réutilisables et diminuer le coût des lancements», indique Stéphane Dussy [lire à ce propos notre zoom sur les promesses des lanceurs réutilisables]. Enfin, -«mais c’est une perspective beaucoup plus lointaine qui supposerait de disposer d'un budget énorme»- il  permet d’envisager le retour d’astronautes sur Terre via un appareil solide et maniable. Le petit véhicule pourrait devenir le prochain «taxi de l’espace».

Mots-clés :