Thierry Montmerle: «On a voulu débaptiser l’astéroïde Lance Armstrong, mais on n’a pas pu»

ASTRONOMIE L'Union astronomique internationale (IAU) propose au public de nommer des exoplanètes...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Deux exoplanètes découvertes par le téléscope Hubble.

Deux exoplanètes découvertes par le téléscope Hubble. — A. Schaller (STScI)/N.A.S.A./E.S.A./SIPA

Et si vous donniez un nom à une exoplanète? L’idée n’est pas nouvelle, mais l’Union astronomique internationale (IAU) vient de lancer une vaste campagne de nomination à destination du public. L’objectif étant de promouvoir la diversité des dénominations afin que le ciel reflète les cultures de tous les continents. En tant normal, cet organe international suit des procédures strictes pour nommer les objets célestes, comme l’explique Thierry Montmerle, son secrétaire général.

Comment nomme-t-on les objets célestes en temps normal?

L’IAU a un rôle officiel. Elle représente 70 pays et 11.000 astronomes. Il y a des groupes de travail. On est référent parce qu’on a des circuits de consultations internationaux. On a un rôle d’arbitre pour savoir si les noms donnés sont légitimes. Il y a des règles pour le Système solaire, liées à la mythologie grecque essentiellement.

Quels sont les critères d’attribution?

Il faut que le nom ne fasse pas plus de seize lettres, en un seul mot, facilement prononçable, et qu’il ne soit pas injurieux. Il faut faire attention, parce que certains mots qui ne sont pas injurieux dans une langue peuvent l’être dans une autre. Il faut qu’ils soient différents de noms déjà attribués. Les noms commerciaux sont interdits. Les noms d’individus et de lieux connus pour des actions politiques, militaires ou religieuses également. Evidemment, ça exclut des possibilités. Tout ça, c’est du bon sens. Un groupe de travail de l’IAU décide d’approuver ou non. Quand un nom est proposé, il y a une citation, c’est-à-dire la raison pour laquelle la personne est honorée. Il faut une bonne explication. Ne pas donner le nom de son voisin ou de sa petite amie. Des personnes vivantes peuvent donner leur nom à des astéroïdes. Mais pas pour les cratères de la Lune, à l’exception des astronautes qui ont mis le pied dessus.

Il y a donc débat parfois?

Récemment j’ai traité un cas compliqué. Des gens voulaient nommer un astéroïde du nom d’un couple de Résistants, les Moinon. Pour les honorer, ils ont pris contact avec l’IAU, les présentant comme des gens héroïques. Une rue porte leur nom à Paris. Ils voulaient aussi un astéroïde. Sauf que, dans les règles de dénomination, les noms de personnes liées à des événements de guerre sont exclus. Même si on comprend bien les arguments, on ne peut pas juger les bonnes ou les mauvaises actions.

Y a-t-il des controverses entre pays parfois?

Dans la fin des années 60, concernant la Lune, l’IAU a joué un rôle fondamental entre Russes et Américains sur la façon de donner des noms aux cratères. Sans notre intervention, ils auraient chacun leurs critères de dénomination aujourd’hui et ce n’est pas possible.

Et à l’inverse, pouvez-vous changer ou retirer un nom?

Non, ça ne s’est jamais fait et on est très embarrassés car il n’y a pas de procédure. Le problème s’est posé avec l’astéroïde Lance Armstrong. Après tout ce qu’il s’est passé, on a voulu le débaptiser mais on n’a pas pu. Des gens disaient que c’était une honte. Mais il n’y a pas de procédure qui indique dans quel cas enlever le nom. Sur le coup de tel ou tel événement on ne peut pas dénommer des objets célestes.

Pourquoi ne peut-on pas vendre des noms de planètes ou cratères?

La raison fondamentale est que les découvertes astronomiques sont la propriété de l’humanité et que personne ne peut se les approprier. C’est assez ambigu. Certaines firmes font commerce de cela en trompant les gens. Ils leur demandent de payer une somme et leur envoient un joli certificat encadré. Là, c’est une escroquerie caractérisée. Ils font commerce de la crédulité des gens.

Nommez-vous tous les objets célestes?

Non, nous nommons les cratères, les planètes pour des raisons scientifiques. Il faut que ça corresponde à un besoin d’identification. En ce moment par exemple, la Nasa donne des noms à des rochers et cela n’a pas l’aval de l’IAU mais il n’y a pas de conflit car ce sont des noms opérationnels. L’IAU ne peut intervenir que si la Nasa souhaite donner des noms officiels à des éléments. Nos membres sont formés comme des géologues et ont l’habitude de donner des noms à des choses de la Terre, des fleuves, des cratères.

Le public y est-il souvent associé?

Parfois. Les propositions sont filtrées. Les gens font une banque de noms et si on trouve une occasion de l’utiliser on le fait. Il y a eu un exemple déjà d’une opération dans les années 80. Une sonde américaine avait été mise en orbite autour de Vénus. Le thème était de donner des noms de femmes célèbres ou de la mythologie.