Ancien astrophysicien à l’institut d’astrophysique de Paris, chercheur au collège France, Christian Magnan profite désormais de son indépendance pour livrer un regard incisif sur l’évolution de la recherche en astronomie. Dans la réédition du Théorème du jardin (Ed. amds), il explique pourquoi la science se fourvoie, selon lui. Quitte à froisser la plupart de ses collègues, notamment en cosmologie.

Qu’entendez-vous par le «théorème du jardin»?

C’est une image. Quand sur une planète le jardin est trop petit, vous ne voyez pas la courbure de la planète. Sur terre, vous ne voyez pas que la Terre est courbe. Ça a un rapport avec tout l’univers. Les savants disent souvent que l’univers est plat. Ça leur pose des problèmes métaphysiques insondables. Si on ne voit qu’une partie de l’univers, on ne peut pas voir s’il est courbe. Donc il paraît plat.

Pourquoi la science est-elle morte selon vous?

Parce que depuis cinquante ans, on n’a fait aucune découverte majeure. On dépense des milliards dans des expériences qui n’apportent rien. En astronomie, un prix Nobel a été attribué pour l’accélération de l’expansion de l’univers (en 2011). C’est une aberration. La communication passe avant tout le reste. Il y a un productivisme stérile des scientifiques. Ils sont obligés de publier deux, trois articles par an. Forcément, la qualité décroît énormément.

Le Boson de Higgs, ce n’est pas une découverte?

Ah non, pas du tout. C’est l’expérience la plus chère qu’on ait jamais faite. Concrètement, elle n’a rien apporté. Ce qui est frappant, c’est que le prix Nobel a été donné tout de suite. On ne demande même pas une espèce de validation. On ne discute pas. Mais en même temps les scientifiques sont bloqués par leur recherche et ne peuvent pas avouer qu'ils dépensent des milliards de dollars sans rien trouver.

Vous dites aussi que l’homme est un accident à l’échelle cosmique. Pourquoi?

Les cosmologistes disent que l’univers a été spécifiquement conçu pour que l’homme apparaisse. Je montre que c’est complètement faux. On a besoin de penser que l’univers est fait pour nous. Philosophiquement parlant, c’est important. Quand on regarde ce qu’il est en réalité, l’univers est inhumain. On est insignifiants. L’espace est infini, démesuré. On n’ira jamais dans d'autres galaxies, ni sur d'autres étoiles qui sont des fournaises. C’est un monde inhospitalier à un point incroyable. Il faut le savoir. En plus, il y a cette question de savoir si on est seuls ou pas.

Alors? Est-ce qu’on est seuls?

C'est comme une loterie. Pour qu'un jeu de loto national soit rentable pour ses organisateurs, il faut qu'il y ait des gagnants (mais pas trop) et des perdants. Il faut un ajustement entre la chance de gagner et le nombre de joueurs. Or pour le loto de la vie il ne peut pas y avoir eu d'ajustement entre le nombre de planètes et la chance pour elles d'abriter la vie. Conclusion, soit il y a de la vie partout, soit nulle part. Or, comme il n’y en a pas partout, il y en a nulle part. Pourquoi penser qu’il y a de la vie partout?

Parce qu’il y en a au moins sur Terre…

A partir du moment où nous savons que la vie existe sur Terre la question ne se pose plus en terme de probabilité. On peut seulement se demander si cet événement s'est reproduit ailleurs. Non. Les gens n’acceptent pas le hasard. Il faut que tout soit réglé, que le monde nous appartienne. L’aveuglement des cosmologistes me frappe. C’est effroyable. Un collègue m’a dit un jour: «Christian, tu as raison, mais il faut bien gagner sa vie.» Que peuvent faire les scientifiques en place? Dire qu’ils foutent en l’air de l’argent? Non.

Mais pour trouver quelque chose, il faut bien le chercher. C’est ce que font ces gens, non?

Il faut une théorie. A mon avis, on a tout trouvé. On connaît la composition de l’univers et il n’y a pas de problème majeur. Je ne vois pas ce qu’il faudrait chercher. Ce n’est pas sérieux. D’où venons-nous? C’est la théorie du Big Bang. On ne peut pas avoir d’observation de ce qui existait avant l’univers. Donc on est mal barrés. Et en plus l’univers est unique. On n’a jamais fait de théorie d’un objet unique.

Que proposez-vous pour améliorer la situation?

Les gens (le grand public) ne savent rien. Ils ne savent pas dans quoi ils vivent, ce qu’est le soleil. S’ils connaissaient le monde d’un peu plus près, l’influence des religions serait beaucoup plus faible. On leur raconterait moins n’importe quoi. Je suis né dans une marmite bien chrétienne mais la science est vraiment incompatible avec l’idée d’un Dieu. Il faut partager la connaissance de la science. Arrêter de dépenser des milliards en recherche. Avec cet argent-là, on peut acheter des instruments pour observer le ciel et payer des animateurs. C’est une façon d’utiliser les savants.