Une nouvelle piste pour identifier le Yéti

RECHERCHE Les généticiens n'ont pas trouvé de Yéti, mais les poils les ont peut-être tout de même mis sur la piste d'une nouvelle espèce animale...

20 Minutes avec AFP

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Illustration représentant le yéti.

Illustration représentant le yéti. — JNL/Wikipedia Commons

Des ours, des chevaux, des canidés, des vaches, un humain et des ratons laveurs... mais aucune créature légendaire dans l'inventaire à la Prévert dressé par des chercheurs qui ont analysé l'ADN de poils réputés appartenir au Yéti, au Bigfoot et autres mystérieux primates.

Malgré des décennies de recherches et d'exploration, la science n'a jamais pu se prononcer sur l'existence de tels êtres monstrueux. Les témoignages abondent dans l'Himalaya, en Russie ou dans les forêts d'Amérique du Nord mais aucun corps ou fossile n'a jamais pu être authentifié.

57 échantillons de poils de Yéti

«Pour faire un peu de lumière sur ce sujet souvent trouble, nous avons mené une analyse génétique systématique d'échantillons de poils attribués à ces créatures», expliquent Bryan Sykes, professeur de génétique humaine à l'université britannique d'Oxford, et son équipe.

En mai 2012, ces chercheurs ont donc lancé un appel aux musées et collections privées susceptibles de détenir des poils de Yéti pour qu'ils leur en cèdent un échantillon. Ils en ont reçu 57 au total.

Pas de yéti mais des ours et des chevaux, ainsi que quelques vaches et canidés

Une fois écartées les fibres de verre et substances végétales, les scientifiques ont sélectionné 36 échantillons «en raison de leur provenance ou intérêt historique» et ont tenté d'analyser leur profil génétique.

Ils sont parvenus à extraire l'ADN de trente échantillons pour les comparer avec le génome d'espèces répertoriées. Pas de yéti, d'almasty -son équivalent russe- ou de bigfoot, mais des animaux de tout poil: nombreux ours et chevaux, ainsi que quelques vaches et canidés (loup, chien ou coyote).

Sur la piste d'une nouvelle espèce animale

Les chercheurs ont aussi identifié des poils de raton laveur dans un échantillon provenant d'Arizona et, plus surprenant, dans un autre ramassé en Russie, pays qui ne fait pourtant pas partie de l'habitat naturel de cet animal. Une touffe de poils prélevée au Texas s'est quant à elle avérée appartenir à un humain, vraisemblablement d'origine européenne par sa mère.

Les généticiens n'ont pas trouvé de Yéti, mais les poils les ont peut-être tout de même mis sur la piste d'une nouvelle espèce animale: deux échantillons -l'un provenant de la région du Ladakh, en Inde, l'autre du Bhoutan- «correspondent à 100% avec l'ADN d'un fossile d'ours polaire (Ursus maritimus) âgé de plus de 40.000 ans, mais pas avec des spécimens modernes de cette espèce», écrivent-ils.

Une espèce d'ours inconnue?

Selon l'étude, le premier des échantillons, de couleur «brun-roux», a été prélevé à une altitude élevée (autour de 3.500 m) dans une forêt de bambous du Bhoutan, un endroit qualifié de «nid de migyhur», l'équivalent du Yéti dans ce petit pays himalayen. Le second, de couleur «brun-doré», provient d'un animal tué voici une quarantaine d'années par un chasseur au Ladakh, à l'autre bout de l'Himalaya.

«Même s'il y a quelques signalements d'ours blancs en Asie centrale et dans l'Himalaya, il est plus probable que ces poils proviennent d'une espèce d'ours inconnue jusqu'à présent, ou d'une variété d'ours polaire de couleur différente, ou encore d'hybrides d'ours polaire (U. maritimus) et d'ours brun (Ursus arctos)», estiment les chercheurs. Ils jugent toutefois nécessaire de procéder à des analyses génétiques plus poussées pour pouvoir trancher.

Un comportement plus agressif vis-à-vis des humains

«S'il s'agit bien d'hybrides, les spécimens du Ladakh et du Bhoutan descendent probablement d'une souche apparue au tout début de la différenciation entre l'ours brun et l'ours polaire», précise l'étude, publiée mercredi dans la revue britannique Proceedings of the Royal Society B.

«Si de tels ours sont répartis dans tout l'Himalaya, ils pourraient bien avoir contribué à fonder la légende du Yéti, particulièrement si, comme l'affirme le chasseur qui a tué le spécimen du Ladakh, ils ont un comportement plus agressif vis-à-vis des humains que les espèces locales connues», écrivent les auteurs.

Le Yéti, simple mythe?

Le mythe du «yéti», souvent décrit comme une bête mi-homme mi-singe, a été nourri notamment par des photographies d'empreintes géantes dans la neige, prises par l'alpiniste britannique Eric Shipton lors de son expédition dans l'Everest en 1951.

L'alpiniste Reinhold Messner, qui a cru en 1986 avoir aperçu la bête, avait finalement conclu en 1998 dans un livre que l'animal n'existait que dans l'imagination des gens, qui le confondent avec l'ours brun de l'Himalaya.

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