Vue satellite de la planète Terre.
Vue satellite de la planète Terre. - NASA

Fin de partie pour Cygnus. La capsule non habitée de la société américaine Orbital Sciences lancée le 12 janvier pour approvisionner de la Station spatiale internationale (ISS) s’est désamarrée ce mardi. Mais que deviendra-t-elle ? Quels sont les risques associés aux quelques 6.000 tonnes d’objets qui errent au-dessus de nos têtes ? Pour 20 Minutes Christophe Bonnal, expert au Cnes (Centre national d'études spatiales) fait le point sur le dossier de la pollution spatiale.

>> Un spationaute nous parle de la pollution spatiale

Que va devenir Cygnus?

Cygnus a permis de livrer plus d’une tonne d'équipements scientifiques pour des expériences, notamment pour étudier la résistance microbienne aux antibiotiques. Les occupants de l'ISS --trois Russes, deux Américains et un Japonais—ont par la suite chargé Cygnus «ras la gueule» de déchets et d'équipements usagés. Pour éviter que la capsule ne pollue l’espace, il a été prévue, après redémarré ses moteurs, qu’elle puisse retomber dans l'atmosphère au-dessus de l'océan Pacifique.

Est-ce une opération risquée?

Tout a été prévu pour qu’elle ne présente aucun danger à l’égard des populations. En rentrant dans l’atmosphère au moins 80% de la masse de l’engin aura été détruit. Quant au reste, il se retrouvera dans l’océan. Pour éviter tout dommage, les bateaux et les avions sont avertis et on leur en leur demande d’éviter la zone.

N’y a-t-il pas un risque de pollution?

On parle d’une centaine de kilos susceptible de finir au fond de l’eau. Ce n’est rien comparé aux milliers de conteneurs abandonnés par des bateaux à travers les mers du globe. Cette pollution est très limitée. Elle comporte beaucoup moins de risques que les vieux débris qui rentrent dans l’atmosphère de façon aléatoire.

C’est un phénomène courant?

81 satellites entiers ou étages de fusées sont rentrés en 2013 dans l’atmosphère. Cette semaine, c’est la deuxième fois en un moins que les alentours de la ville de Médine en Arabie Saoudite  a été touchée par des débris d’anciens satellites russes. Pour l’instant, aucune victime n’a été recensée à travers le monde. On touche du bois, mais le risque n’est pas nul.

Que faire alors pour éviter toute catastrophe?

La réglementation internationale est très stricte.  Tous les objets potentiellement dangereux, doivent être  désorbités de façon contrôlée à la fin de mission soit pour être détruits en grande partie lors de leur retour dans l’atmosphère, soit en revenant se poser sur terre. Mais elle n’est pas encore appliquée par tous les pays et chaque pays a sa propre législation. En France une loi spatiale est en vigueur depuis 2010 même si l’obligation de prévoir un mécanisme de retour pour les engins spatiaux ne s’appliquera qu’en 2020 le temps de le généraliser. Contrairement à Ariane 5, le cargo ravitailleur européen ATV, le lanceur Vega ou encore les missions Soyouz qui partent de Guyane en sont déjà pourvus. Mais forcément, les missions spatiales coûtent plus cher.

Quid des objets qui tournent au-dessus de nos têtes?

Quelques 6.000 tonnes, soit un peu moins que les 7.000 de la Tour-Eiffel, sont au-dessus de nos têtes. Ce cimetière fait peser une double menace. D’une part l’objet finit un jour ou l’autre par retomber en partie sur terre et ce n’est pas sans danger pour l’homme. De plus, les déchets en orbite risquent de rentrer en collision et de se démultiplier. Résultat, aujourd’hui, quand un satellite est lancé, il a 5% de chances de mourir en rentrant en collision avec un débris. C’est énorme comparé au 1% de risque de voir un lanceur exploser au décollage.

Quelles sont les solutions?

Pour diminuer le risque de collisions, d'après certaines agences spatiales dans le monde, il faudrait aller chercher une dizaine de gros débris par an dans les zones les plus densément peuplées soit entre 700 et 1100 km d’altitude ; ces résultats ne sont pas partagés par le CNES qui estime qu'il faut mener plus d'études avant de conclure

Comment faire?

Nous ne sommes pas au point sur le plan technique, mais plusieurs pistes émergent: recourir à des filets, des pinces, des harpons, voire même des boules de chewing-gum géantes. Cela suscite beaucoup d’intérêt chez les industriels car désorbiter un gros débris coûterait environ 10 millions d’euros pièce.

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