Ce que le scan cérébral révèle

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Publié le 13 décembre 2006.

«Le scan cérébral d’un psychopathe peut-il nous dire si cette personne va tuer?» Selon la revue «Nature», la plupart des chercheurs en neuroscience répondent catégoriquement non.

«Le scan cérébral d’un raciste, d’un menteur ou d’un psychopathe peut-il nous dire si cette personne va persécuter, escroquer ou tuer?»: la revue Nature rappelle qu’à cette question, la plupart des chercheurs en neuroscience répondent catégoriquement non.Cliché d'IRMf

Les techniques d’imagerie cérébrales, telle que l’imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf), ne cessent de s’améliorer. Elles permettent aux chercheurs de voir, avec une résolution de plus en plus en grande, les variations d’activité locale du cerveau lorsqu’on entend un son, lorsqu’on prend une décision ou lorsqu’on se rappelle une odeur.

Mais, pour la journaliste Apoorva Mandavilli, ces images du cerveau « soulèvent des inquiétudes quant à la façon dont elles pourraient être sur-interprétées où détournées », en particulier si elles sont utilisées en dehors des laboratoires ou des hôpitaux.

Au moment où la France inaugure Neurospin, le plus grand centre de recherche dédié à l’imagerie cérébrale en Europe, aux Etats-Unis et aux Canada, IRM et TEP Scan commencent à être utilisée hors du cadre médical ou scientifique. En réaction, des chercheurs, des avocats et des philosophes regroupés dans un comité de neuro-éthique se sont récemment élevés contre ce qu’ils considèrent comme une dérive dangereuse.

Selon la neuropsychologue Elizabeth Phelps, qui utilise l’IRMf pour ses recherches sur les émotions et la mémoire, « interpréter des clichés IRM et les relier à des actions est au mieux imprécis. Ce que nous apportent vraiment ces études, c’est une compréhension plus fine du comportement ». Stephen Morse, professeur de droit et de psychiatrie et membre fondateur de la Neuroethics Society, estime qu’étant donné le très faible nombre de sujets étudiés dans les expériences d’imagerie cérébrale, « les conclusions légales ou morales que l’on en tire sont largement exagérées ».

Pourtant, en dépit des mises en garde des scientifiques et des protestations des défenseurs des libertés civiles, deux sociétés américaines commercialisent déjà de prétendus détecteurs de mensonges basé sur l’imagerie cérébrale. L’une d’elle, baptisée No Lie MRI, affirme s’appuyer sur les travaux du neuropsychiatre Daniel Langleben.

Ce dernier a constaté sur des clichés IRM que certaines zones du cortex préfrontal semblent systématiquement activées lorsque la personne ment. Langleben déclare même être en mesure de prédire qui ment avec une précision de 88%. Un taux de succès obtenus dans le cadre d’une procédure expérimentale où le « mensonge » observé à l’IRM consiste à ne pas révéler à l’expérimentateur la carte à jouer qui a été distribuée.

Une situation et des protagonistes très éloignés de ceux dans lesquels No Lie MRI prétend intervenir : enquêtes judiciaires, contre espionnage, prévention des attentats, etc.

En fait, les scientifiques qui ont le plus recours à l’imagerie cérébrale pour leur recherches sont généralement les plus circonspects dès qu’il est question d’utiliser ces techniques pour confondre des menteurs ou prédire ce qu’un individu va acheter dans la vraie vie. Lors d’une conférence de l’Ecole Nationale Supérieure intitulée « De la neuroimagerie à la neuroéthique », le neurologue Hervé Chneiweiss concluait : « Tous les résultats obtenus sont vrais, et l’amélioration constante des machines, de plus en plus puissantes donc de plus en plus précises, nous permet sans cesse d’aller plus loin. Mais nous devons garder à l’esprit le caractère infiniment préliminaire des connaissances acquises. »

Yaroslav Pigenet
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