Après Homo erectus et Homo sapiens, Homo numericus existe-t-il? Pour des sociologues, chercheurs et industriels, il est encore une construction imaginaire qui renvoie à de nouvelles pratiques culturelles et sociales bien réelles.
Après Homo erectus et Homo sapiens, Homo numericus existe-t-il? Pour des sociologues, chercheurs et industriels, il est encore une construction imaginaire qui renvoie à de nouvelles pratiques culturelles et sociales bien réelles. - François Guillot AFP/Archives

Certains jeux vidéo sont aussi dangereux pour le cerveau des adolescents que l’est le tabac pour leurs poumons. L’affirmation pourrait passer pour une provocation alarmiste, mais pour certaines associations et quelques hommes politiques qui prônent l’interdiction de vente des jeux vidéos violents, c’est un constat scientifiquement validé.

En effet, selon une dépêche AFP diffusée le 28 novembre, une étude publiée le même jour aux Etats-Unis démontrerait que «les jeux vidéo violents stimulent chez les adolescents l'activité des régions du cerveau liées aux émotions et réduisent les réponses des zones où siègent le raisonnement et le contrôle de soi» .

Plus précisément, le radiologue américain Vincent P. Mathews serait parvenu à mettre en évidence, à l’aide de l’Imagerie par Résonnance Magnétique (IRM), que des adolescents ayant joué pendant 30 minutes à un jeu vidéo violent «ont montré une plus grande activité dans l'amygdale, siège de l'excitation émotionnelle dans le cerveau» que leurs camarades qui avaient joué à «un jeu non violent mais prenant».

Du pain béni pour les députés UMP Bernard Depierre, Lionel Luca et Jacques Remiller, au moment où l’Assemblée nationale devait examiner leur amendement au projet de loi sur la prévention de la délinquance prévoyant l'interdiction des jeux vidéos «très violents incitant directement à des actes de barbarie».

Néanmoins, cette coïncidence surprenante entre agenda scientifique et politique semble avoir médusé nombre de nos lecteurs . Certains allant même jusqu’à contester, par une solide argumentation, la rigueur scientifique et l’honnêteté intellectuelle des auteurs de l’étude.

En fait, l’information contenue dans la dépêche AFP, détaillée par l’agence de presse médicale américaine Healthday, est tout sauf nouvelle. Ainsi, selon Healthday, Vincent Mathews a assuré son expérience était une première: «C’est la première fois qu’on démontre que les jeux vidéo violents peuvent affecter la physiologie du cerveau et la façon dont il fonctionne».

Reste qu’il semble avoir fait la même déclaration dans un autre communiqué cité par l’agence webMD et publié... en juin 2005. Au moment où le sénateur Hilary Clinton commençait à défendre son projet de loi restreignant la vente de jeux vidéos violents . Il est vrai que l’étude citée par ce communiqué concernait l’exposition aux jeux vidéos et aux programmes de télévision violents; mais la méthode et les conclusions étaient les mêmes: l’exposition à la violence atrophie le lobe frontal, siège supposé du raisonnement logique.

Autre bizarrerie dès décembre 2002. Le psychiatre William G. Kronenberger — principal collaborateur de Mathews dans cette série d’expériences identiques — déclarait alors, à l'occasion de la 88e conférence annuelle de la société radiologique d’Amérique du Nord qu'une expérience prouvait «pour la première fois que les adolescents agressifs ou au comportement antisocial ont un profil d’activité cérébrale différents de celui qu’ont les adolescents normaux quand ils regardent des jeux vidéos». L’expérience, quasi-identique à celle de la dépêche l’AFP dans ses hypothèses, ses méthodes et ses conclusions , a été décrite en détail par l’association prohibitionniste Schiller Institute.

Même si la réplication des expériences est un des fondements de la recherche scientifique, on peut s’étonner que, depuis cinq ans, la même équipe passe son temps à refaire la même expérience, en la présentant à chaque fois comme une percée majeure.

A suivre…

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