Un enfant court avec un cerf-volant «ruban rouge» lors d'une manifestation pour célébrer la journée mondiale de lutte contre le sida, Pékin, Chine, le 30 novembre 2008.
Un enfant court avec un cerf-volant «ruban rouge» lors d'une manifestation pour célébrer la journée mondiale de lutte contre le sida, Pékin, Chine, le 30 novembre 2008. - J. LEE / REUTERS

Bérénice Dubuc

«Les Etats-Unis sont engagés dans la lutte contre le sida et le resteront afin d'arriver à une génération sans sida.» Ces mots sont ceux de Hillary Clinton lundi, lors de la 19ème conférence internationale sur le sida, à Washington. Selon la secrétaire d'Etat américaine, cette «génération sans sida», c'est-à-dire sans qu'un enfant ne naisse contaminé par le VIH, avec des adolescents moins en danger et des séropositifs ayant accès au traitement, est déjà un horizon atteignable.

Alors que 30 millions de personnes sont mortes du sida ces trente dernières années, que 34 millions de personnes sont atteintes du virus dans le monde, et que depuis 2011, la maladie a progressé de 18%, Hillary Clinton est-elle dans le vrai ou pêche-t-elle par optimisme? L’éradication du virus responsable de l'infection, donc la fin de la pandémie de sida, est-elle pour demain?

Un arsenal scientifique…

Les chercheurs estiment que l’ensemble des traitements et nouvelles stratégies permettent d’envisager d'en finir avec la pandémie. En effet, on peut aujourd’hui vivre avec le sida grâce aux antirétroviraux, qui réduisent aussi fortement la charge virale des séropositifs et donc la transmission du VIH à leurs partenaires sexuels. Des traitements préventifs ont été mis sur le marché, comme le Truvada, autorisé le 16 juillet par l'Agence américaine des médicaments (FDA), qui doivent contribuer à réduire le nombre de nouvelles infections.

Un vaccin contre le sida est même en cours d’élaboration par les chercheurs, et un test d’autodépistage devrait être mis en vente libre dès octobre aux Etats-Unis, permettant à une personne de se tester régulièrement, et donc de freiner le nombre des nouvelles infections.

… mais impossible de dire quand le virus sera éradiqué

Cependant, impossible de dire quand le virus sera éradiqué. «Nous avons les bases scientifiques pour mettre fin à cette épidémie, a déclaré à l'AFP le Dr Anthony Fauci, directeur de l'Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID). Nous ne savons pas quand nous y parviendrons. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que la science est de notre côté.»

Autre inquiétude, la réduction des financements des pays riches -principaux bailleurs de fonds pour la recherche contre le sida et le financement des médicaments, touchés par la crise économique. Dans une tribune publiée dans Le Monde, Eric Fleutelot, directeur général adjoint international et et porte-parole de Sidaction, a ainsi souligné que la réduction de ces financements avait freiné la baisse significative du nombre de nouvelles infections en Afrique subsaharienne, région la plus durement touchée par le virus.

24 milliards de dollars à mobiliser par an d'ici 2015

Bill Gates, fortement impliqué avec son épouse dans la lutte contre le VIH, s'inquiète lui aussi des conséquences des difficultés économiques des pays les plus riches. «Les fonds ne seront pas suffisants pour traiter toutes les personnes qui auront besoin de traitement», a-t-il dit lundi à Washington. En effet, l'ONU a fixé l'objectif des investissements dans le monde pour lutter contre l'infection à 24 milliards de dollars par an d'ici 2015, soit neuf milliards de plus que les 15 milliards mobilisés en 2010.

Une crainte entendue par Hillary Clinton, qui a annoncé lors de la conférence de nouvelles dépenses de plus de 150 millions de dollars (125 millions d'euros) afin de tirer profit des progrès déjà accomplis dans la lutte contre le sida grâce aux nouveaux traitements médicamenteux, aux programmes pour empêcher la transmission du virus de la mère à l'enfant et à l'effet préventif de la circoncision volontaire. François Hollande lui a emboîté le pas, affirmant que la France poursuivrait sa participation au Fonds mondial contre le sida, dont elle est le second plus grand contributeur après les Etats-Unis.