Le Baclofène, un relaxant musculaire, permettrait de limiter le manque d'alcool chez les alcooliques.
Le Baclofène, un relaxant musculaire, permettrait de limiter le manque d'alcool chez les alcooliques. - CAPMAN / SIPA

Corentin Chauvel

Revendiquant des milliers de patients guéris de leur dépendance à l’alcool grâce au Baclofène, Olivier Ameisen, cardiologue et expert en addictologie, donnait une conférence ce mardi à l’hôpital Cochin de Paris afin de vanter une fois de plus les mérites d’une molécule utilisée à l’origine pour traiter la sclérose en plaques. 20 Minutes fait le point sur un traitement qui n’a toujours pas été approuvé officiellement par les autorités sanitaires françaises.

Où en est l’alcoolo-dépendance en France?
Elle touche 10% de la population générale en France et provoque le décès de près de 45.000 personnes par an, soit 120 par jour. Surtout, il y a près de 80% de rechute chez les personnes ayant subi une désintoxication «classique». Avec le Baclofène, le taux de réussite est de 100%, selon Olivier Ameisen. Il serait tout aussi efficace contre le tabac, la cocaïne, l’héroïne, le cannabis ou encore la boulimie.

Pourquoi les traitements classiques ne fonctionnent pas?
D’après Olivier Ameisen, il y a bien des «modèles de réduction» du «craving», ce besoin irrésistible de boire de l’alcool (qui l’emporte sur celui de boire de l’eau ou même de manger), par l’intermédiaire de médicaments (Epitomax, Aotal, Revia, Alcover, etc.), mais aucun ne le supprime, sauf le Baclofène. De plus, les traitements classiques s’appuient notamment sur l’abstinence, qui demandent des efforts que le cardiologue compare à de la «torture».

Qu’est-ce que le Baclofène?
Le Baclofène est «une ancienne molécule commercialisée depuis plus de quarante ans sous le nom de Liorésal», d’après le site baclofene.org. C’est un myorelaxant utilisé notamment contre la sclérose en plaques ou les torticolis.

Pourquoi serait-il plus efficace contre l’alcoolo-dépendance?
Parce que c’est le seul qui agit comme agoniste des récepteurs GABA-B, principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central, qui intervient notamment dans la dépendance à l’alcool et aux drogues. Pris à haute dose, le Baclofène entraîne, selon Olivier Ameisen, une indifférence à l’alcool en quelques semaines, et un bien-être. De plus, «le traitement n’abîme pas le malade» et les autres médicaments (anxiolytiques, antidépresseurs), qui «ne servent à rien», peuvent être arrêtés, ajoute le cardiologue.

Quels sont ses effets secondaires?
Le Baclofène peut provoquer une somnolence et une faiblesse musculaire, mais ces effets secondaires ne sont pas «sévères ou irréversibles», selon Olivier Ameisen, qui ajoute qu’il n’y a derrière aucune dépendance au médicament. Pour le cardiologue, la molécule est même «moins dangereuse que l’aspirine, le Voltarene ou le paracetamol». «On peut continuer à boire normalement de l’alcool avec le traitement», indique-t-il encore.

Quelles sont les principales critiques apportées contre ce traitement?
Malgré les études essentiellement américaines présentées par Olivier Ameisen, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a estimé en juin dernier qu’à l’heure actuelle, «le bénéfice de cette molécule n’est pas démontré et que ses effets secondaires à haute dose sont inconnus», rapporte Le Parisien ce mardi. Le quotidien cite notamment une étude indienne évoquant «l’apparition de troubles psychotiques» après un mois de traitement. Ceux-ci ont été confirmés ce mardi lors de la conférence par la mère d’un jeune homme dépendant au cannabis et traité au Baclofène. Le cardiologue s’est contenté de lui répliquer que son fils courait d’autant plus de risques en continuant à consommer du cannabis.