Olivier Ameisen, médecin et ancien malade alcoolique, se démène pour qu’une autorisation de mise sur le marché soit délivrée au Baclofène (relaxant musculaire employé notamment dans les cas de sclérose en plaques) pour le traitement de l’addiction à l’alcool. S’appuyant sur son propre cas et celui d’autres patients, il affirme qu’à haute dose, il s’agit ni plus ni moins que d’un traitement miracle, mais prétend qu’on tente de l’empêcher de permettre son utilisation. 20 Minutes a demandé son avis à Philippe Batel, alcoologue à l’hôpital Beaujon.
Le pire qui pourrait arriver à ce médicament, c’est que les discussions se limitent à une polémique Olivier Ameisen contre le reste du monde. La théorie du complot est indigne. Les aficionados du Baclofène traitent ceux qui refusent d’en prescrire d’assassins. On m’a dit que j’avais peur de ce médicament parce qu’il est trop efficace et qu’il me ferait perdre mon boulot... On est passé de l’autre côté de miroir, là.
J’en prescris, mais pas aux doses préconisées par Olivier Ameisen. Mes convictions se forgent sur deux choses: sur mes connaissances universitaires et les publications scientifiques dans des revues sérieuses, et sur mon expérience personnelle. En l’occurrence, les études de bonne qualité indiquent qu’il y a des effets bénéfiques pour un dosage de 30 mg/jour [Olivier Ameisen assure qu’il va parfois jusqu’à 530 mg/jour]. Chez mes patients, j’observe à peu près les mêmes taux d’efficacité que ceux annoncé dans l’étude publiée par Olivier Ameisen. Et notamment que bon nombre arrêtent à cause des effets secondaires.
La somnolence, la fatigue, un ralentissement général qui peut être important, parfois des chutes. Initialement, c’est un myorelaxant. Un de mes patients, âgé de 30 ans et qui prenait 90 mg de Baclofène par jour, a eu un relâchement musculaire tel qu’il s’est luxé la hanche en courant. Ça marche pour Olivier Ameisen, tant mieux pour lui, apparemment il supporte bien les hautes doses. Ce n’est pas le cas de tout le monde.
C’est un excellent anxiolytique, qui a une action sur l’envie de boire chez des patients qui ont un certain profil. Ça marche, mais pas chez tout le monde et aucun médicament ne peut éradiquer l’alcoolisme. Il ne dispense pas du suivi ni du soutien, car si l’envie de boire est le moteur de la maladie et de la rechute, elle n’en est pas le seul. Certains patients boivent sans envie. En tout cas, rien ne justifie qu’on se passe d’évaluer la balance bénéfices/risques, surtout après le scandale du Mediator. Je ne vois pas pourquoi les malades alcoolo-dépendants ne mériteraient pas le même niveau de sécurité que les autres.
Des études sont menées, je vais participer à l’une d’entre elles avec l’Inserm. Une autre se tient aux Pas-Bas, se basant sur les doses préconisées par Olivier Ameisen. S’il a raison, il aura le prix Nobel de médecine et j’irai l’applaudir à Stockholm mais tel qu’il est parti, il aura plutôt le prix Nobel de littérature.