L'avocat de quatre porteuses d'implants mammaires PIP a annoncé mardi qu'il comptait assigner au civil les chirurgiens qui auraient manqué à leur devoir d'information. Contacté par 20 Minutes, Jean-Luc Roffé, président d'honneur du syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique, a réagi à cette annonce.
Je suis stupéfait que cet avocat ait le culot d’attaquer des chirurgiens. Ils ne peuvent véhiculer que des informations connues. Le devoir d’information, c’est parler au patient de ce que l’on sait. Dans cette affaire, les chirurgiens sont aussi des victimes, car ils utilisaient des produits censés avoir été contrôlés et dotés de la norme CE.
Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Premièrement, les prothèses PIP ne sont pas les moins chères du marché. Ensuite, les prothèses vendues par PIP, encore une fois, étaient garanties et aux normes. On ne peut pas demander aux chirurgiens de tester les produits à chaque fois. Ils sont obligés de faire confiance.
Si un chirurgien a un doute, il doit le signaler à l’Etat et à l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, ndlr), mais rien ne pouvait laisser supposer une mauvaise qualité de ces prothèses. Quand une prothèse mammaire se rompt, ce qui peut arriver quelle que soit la marque, le chirurgien prévient l’Afssaps. Et il pense: «Je n’ai pas eu de chance».
Ce n’est pas que les chirurgiens n’ont rien à se reprocher: ils sont meurtris de cette affaire, et en sont aussi victimes. Ceux qui savent aujourd’hui qu’ils ont posé une prothèse défectueuse sans le savoir sont très affectés. Et non, ça ne changera pas les pratiques: encore une fois, à son niveau, le chirurgien ne peut pas contrôler toute la chaîne de production de tous les biomatériaux.