Concombres infectés: Un onzième mort en Allemagne

SANTÉ utre-Rhin, la bactérie tueuse a mis les hôpitaux sous pression...

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Le germe tueur sème la panique outre-Rhin. Alors que des hôpitaux allemands sont submergés par les malades, les autorités sanitaires allemandes et européennes recherchent toujours l'origine d'une bactérie transmise par la consommation de concombres qui semble avoir fait un onzième mort ce lundi. Une femme de 91 ans est décédée dimanche des suites d'hémorragies provoquées par la bactérie Escherichia coli enterohémorragique (Eceh), ont annoncé les autorités de Paderborn, ouest de l'Allemagne.

«1.200 cas en 10 jours»

Confrontées à la pire vague de contaminations à l'Eceh jamais observée en Allemagne et une des pires dans le monde, les autorités sanitaires craignent que le pire ne soit pas encore passé. Face à l'inquiétude grandissante des consommateurs, qui boudent les étals des primeurs, les ministres allemands de l'Agriculture et de la Consommation, Isle Aigner, et de la Santé, Daniel Bahr, devaient réunir experts scientifiques et responsables politiques régionaux pour faire le point à Berlin. La propagation de cette bactérie sera également discutée lors d'une réunion informelle des ministres européens de l'agriculture à Debrecen (Hongrie).

«On connaît la bactérie Eceh depuis de nombreuses années, mais une telle propagation, c'est du jamais vu», a assuré lundi le professeur Jan Galle, directeur de la clinique de phrénologie de Lüdenscheid (ouest), interrogé sur la télévision publique ZDF. «D'habitude, on enregistre environ 1.000 cas par an, mais là nous avons 1.200 cas en 10 jours», a-t-il ajouté. L'Institut Robert Koch, chargé du contrôle sanitaire et de la lutte contre les maladies, a recensé lundi 319 patients ayant développé des troubles rénaux sévères, appelés syndrome hémolytique et urémique (SHU), et trois décès directement imputables à la bactérie.

Petit signe d'espoir, la clinique universitaire d'Eppendorf, à Hambourg (nord), a signalé pour la première fois un léger ralentissement dans l'afflux de nouveaux malades. «Le nombre de nouveaux cas est en baisse», de même que le nombre de patients présentant des complications graves, a indiqué Jörg Debatin, le directeur de la clinique, lors d'une conférence de presse. Toutefois, «il y a une période de latence entre l'infection à l'Eceh et l'apparition des symptômes du SHU. Or, nous n'avons probablement toujours pas atteint le pic d'infection à l'Ehec», a prévenu le professeur Galle sur ZDF.

Résistant au traitement habituel

La souche de bactérie à l'oeuvre en Allemagne est «particulièrement virulente», a souligné ce dernier. Alors que l'Eceh provoquent un SHU chez 5% à 10% des personnes infectées, en Allemagne, presque un quart des malades sont gravement atteints. L'afflux de malades commence aussi à provoquer des saturations dans les hôpitaux du nord du pays, principal foyer d'infection. Des cas ou des suspicions de cas ont également été signalés en Suède, Danemark, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Autriche, France et Suisse, mais ils sont apparemment tous venus d'Allemagne.

La souche rare d'Eceh qui frappe l'Allemagne s'est aussi révélée résistante au traitement habituel par dialyse, ce qui a amené les médecins à donner un nouveau traitement, un médicament de la famille des anticorps monoclonaux. Mais l'efficacité de ce traitement reste à prouver, car il était jusqu'alors utilisé chez de petits enfants, habituellement plus touchés par le SHU, a reconnu le professeur Galle.

Seule la découverte de l'origine de l'infection permettra de juguler la diffusion de l'Eceh, affirment les spécialistes. Les soupçons se portent pour l'instant vers des concombres issus de cultures sous serres en Andalousie (sud de l'Espagne). Mais une contamination le long de la chaîne de distribution n'est pas exclue. Les résultats des analyses sur des lots suspects, envoyés à un laboratoire en Galice (nord-ouest de l'Espagne) étaient attendus ce lundi.