Mediator: Quand les médecins tentent de décourager leurs patients de porter plainte

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Publié le 28 mars 2011.

EXCLUSIF - Certains cardiologues tentent-ils de protéger les laboratoires Servier?...

«Avec des gens comme vous, on finira par ne plus avoir de labos en France!» Lorsqu’elle a demandé son dossier médical à sa cardiologue, Nassera s’attendait à tout sauf à ça. Cette patiente vivant en Lorraine, opérée d’une valve cardiaque en 2008 après avoir pris du Mediator pendant 13 ans a raconté à 20minutes.fr comment son médecin a tenté de la dissuader de porter plainte. Elle n’est pas la seule à dénoncer des pressions.

Nassera, 51 ans, veut savoir si ses problèmes cardiaques (une valve opérée, une autre fuyant toujours) sont liés au Mediator. Mais quand elle prend rendez-vous avec sa cardiologue pour rassembler des informations la concernant, celle-ci lui fait la leçon et tente de la culpabiliser. «Je me suis sentie agressée», raconte-t-elle. Sans pour autant renoncer à une action en justice, malgré les «réfléchissez bien» de sa cardiologue.

«J’ai eu l’impression que le corps médical était formaté pour dire «stop»», constate aussi Nathalie. Cette Bretonne de 46 ans a pris du Mediator en 2004, pendant plus d’un an. Victime de palpitations et sentant son cœur s’emballer parfois, la patiente demande à son médecin un dépistage, suivant les recommandations de l’Afssaps. «Ne cédez pas à la psychose, toute cette histoire est politique, il n’y a pas lieu de s’inquiéter», lui rétorque le médecin.

Certains patients «ont vraiment été malmenés»

Même son de cloche du côté du cardiologue qu’elle finit par contacter directement devant les réticences de son généraliste. «On se heurte à des murs», enrage Nathalie. Et quand elle se rend à la caisse d’assurance-maladie de sa région pour récupérer les dates précises de son traitement, un agent finit par lui avouer qu’il a eu des consignes concernant les ordonnances du Mediator.

«Il y a des réticences, voire des entraves de la part des médecins», confirme l’avocate toulonnaise Christine Ravaz, en charge d’une vingtaine de dossiers sur le Mediator. Elle affirme que certains de ses clients «ont vraiment été malmenés». «Vous ne pourrez jamais rien prouver contre Servier» , leur a-t-on assuré. «C’est malhonnête de tenir ce genre de propos provocateurs!», s’indigne Maxime Guenoun, président du Collège national des cardiologues français (CNCF).

«Si les patients veulent engager des procédures, c’est leur droit le plus absolu», ajoute le cardiologue, assurant que «les médecins font honnêtement leur travail». Quand elle a porté ses problèmes à la connaissance du ministère de la Santé, l’avocate indique cependant que les autorités lui ont assuré avoir connaissance de ces problèmes.

«Pourquoi ils nous font subir tout ça?»

«Des difficultés de même nature m’ont déjà été signalées, indique le courrier de la Direction générale de la Santé que 20minutes.fr a pu consulter. Elles m’ont conduit à saisir, par un courrier du 3 février 2011, la Caisse nationale d’assurance-maladie, le Conseil national de l’ordre des pharmaciens et les présidents de quatre organisations syndicales de médecins afin qu’ils sensibilisent fortement les agents, pharmaciens ou médecins concernés à la nécessité de communiquer toutes les informations aux personnes qui viendraient les consulter au sujet de leur prise passée de produits contenant du benfluorex (Mediator, ndlr).»

«Pourquoi ils nous font subir tout ça?», s’interroge Nassera. «Je m'interroge sur les raisons des réticences des cardiologues vis à vis des patients car leur démarche visant à obtenir des documents médicaux est naturelle», répond Irène Frachon. Pour la pneumologue brestoise, des publications comme celle récemment retirée du site de l’Afssaps ou l’avis d’expert disponible sur le site du CNCF tendent à minimiser la responsabilité du laboratoire.

Non fondé, rétorque Maxime Guenoun pour qui il n’y a pas de conflits d’intérêts. «Rien n’a été prouvé, insiste-t-il. Les rapports entre les médecins et l’industrie pharmaceutique sont constructifs.» Mais pour Irène Frachon, le discours de certains médecins «n’est pas loin d’un certain déni dont les premières victimes sont les victimes du Mediator». D’autant que selon elle, sur le terrain judiciaire, «Servier va très loin quand il y a expertise, quitte à abuser du droit de la défense», et que «les tribunaux ont beaucoup de mal à trouver des experts cardiologues qui n’ont aucun lien avec Servier».

Julien Ménielle
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