Le Roaccutane, médicament à base d'isotrétinoïne, sur le banc des accusés

SANTE Destinée à traiter l'acné, elle pousserait au suicide...

Corentin Chauvel

— 

L’isotrétinoïne pousse-t-elle au suicide? Une trentaine d’adolescents auraient mis fin à leurs jours après avoir utilisé cette molécule destinée à traiter les sérieux cas d’acné. Gilbert Collard a ainsi assigné en justice les laboratoires Roche, Expanscience et Pierre Fabre, qui l’ont commercialisée, a rapporté jeudi La Provence.

L’isotrétinoïne, vendue par les laboratoires Roche sous le nom de Roaccutane, avait été retirée du marché en 2008, mais continue d’exister sous la forme de génériques, fabriqués par Expanscience et Pierre Fabre.

152 effets indésirables dont des risques de suicide et dépression

Plaidée à la mi-mars devant le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine), l’affaire «est d’autant plus dramatique qu’elle frappe des adolescents», a indiqué au quotidien Gilbert Collard, qui assiste les parents d’Alexandre Voidey, une victime potentielle de la molécule.

En juillet 2007, le jeune homme de 17 ans s’était pendu à un arbre, près de chez lui. «Alexandre était un garçon ouvert, sportif, bon élève, qui n'avait jamais donné de signe de dépression», a expliqué son père, Daniel, à La Provence. Il est persuadé que l’isotrétinoïne, qui comporte 152 effets indésirables dont des risques de dépression et de suicide, est à l’origine de la mort de son fils. Il a créé à cet effet l'Association des victimes du Roaccutane et génériques (AVRG).

«Entre 25 et 27 cas de suicides»

Au total, «entre 25 et 27 cas de suicides» ont été recensés entre 1986 et 2009 d’après Anne Castot, chef du service d'évaluation et de la surveillance du médicament à l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). La médecin a assuré au quotidien que «rapporté au nombre de suicides attendus parmi la population des 15-44 ans, ce chiffre n'est pas anormal. S'il faut continuer à appeler à la prudence, il n'y a donc pas lieu pour l'instant d'envisager un retrait de ce médicament.»

Cependant, la molécule reste sous surveillance. Depuis 2009, un programme de prévention a été renforcé avec,notamment, la mise en place d'un carnet pour les patients, un rappel des troubles psychiatriques, des lettres aux professionnels, et une enquête auprès d'une centaine de dermatologues a été lancée en novembre dernier. «Nous connaîtrons les résultats d'ici la fin de l'année», a précisé Anne Castot.

Depuis 1986, quatre millions de patients se sont vu prescrire du Roaccutane, ou l'un des génériques Curacné, Procuta, Contracné ou encore Isotrétinoïne Teva, selon Le Parisien. Le Champix, un médicament de sevrage tabagique, avait été pointé du doigt pour les mêmes raisons début janvier.