Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France.
Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France. - AFP PHOTO/FRED TANNEAU

© 2010 AFP

Le député PS Gérard Bapt a qualifié samedi le laboratoire pharmaceutique Servier, dont le Mediator est accusé d'avoir causé des centaines de décès, de groupe «un peu mystérieux» et «extraordinairement habile» pour avoir réussi à tirer profit d'une molécule d'«une famille proscrite».

«C'est un groupe très particulier qui n'agit pas de concert avec les autres laboratoires pharmaceutiques dans les colloques ou dans les conférences», a déclaré M. Bapt, invité sur France Inter à livrer ses impressions sur le fabricant de l'antidiabétique au coeur d'un scandale sanitaire. «C'est un groupe un peu mystérieux, mais dont les méthodes ont déjà été dénoncées par le passé», a ajouté l'élu de Haute-Garonne.

Molécule proscrite

«C'est un groupe aussi qui est extraordinairement habile pour avoir pu ainsi faire fructifier une molécule dont il savait dès le départ qu'elle appartenait à une famille proscrite en Europe et aux Etats-Unis dès 1997», a encore dit ce médecin cardiologue de profession, qui avait réclamé la mission d'information parlementaire sur le Mediator obtenue par les députés PS à la mi-décembre.

Ce médicament, destiné aux diabétiques en surpoids et largement détourné comme coupe-faim, a été commercialisé en France de 1976 à novembre 2009, date de son retrait du marché. Utilisé par cinq millions de personnes, il pourrait être responsable d'au moins 500 à 2.000 décès, selon les estimations. Dès 1997, des spécialistes avaient alerté sur sa dangerosité.

Actions en justice

Le ministre de la Santé Xavier Bertrand a annoncé vendredi que toutes les victimes du Mediator bénéficieraient d'une «prise en charge intégrale par l'Assurance maladie». Mais dans les actions en justice que pourraient intenter les victimes contre Servier, «les caisses (d'assurance maladie) feront valoir leurs droits» pour que «la Sécurité sociale puisse se faire rembourser des sommes qui auraient été prises en charge à la suite de problèmes consécutifs» à la prise de Mediator, a souligné de son côté samedi le directeur de la Cnam, Frédéric Van Roekeghem.

Le fabricant «doit payer pour les dommages», a abondé Gérard Bapt, évoquant aussi la possibilité de mettre en cause les médecins qui auraient prescrit le médicament en dehors de la convention AMM (d'autorisation de mise sur le marché, ndlr) engageant la Sécu.