Le Taser peut-il provoquer un arrêt cardiaque?

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Publié le 30 novembre 2010.

SANTE - Le pistolet électrique est mis en cause dans plusieurs décès, quel est son effet sur le coeur?...

«A ce jour, dans le monde, le Taser n'a jamais tué quelqu'un.» Antoine di Zazzo, directeur de Taser France, défend bec et ongles son pistolet à impulsions électriques, à nouveau mis en cause après la mort d’un sans papiers malien au cours de son interpellation. Mais dans les faits, le constat est un peu plus nuancé.

En effet, un rapport d’Amnesty International affirme qu’entre juin 2001 et août 2008, 334 personnes sont mortes aux Etats-Unis après usage d’un pistolet électrique. Selon l’association, «les décharges infligées au moyen d'un Taser ont entraîné, directement ou indirectement, la mort dans 50 cas au moins».

Des études sur des malades et des sujets sains

En réalité, il est difficile d’imputer la mort directe à l’usage du Taser, celui-ci étant toujours employé dans le cadre d’une intervention policière, avec tous les autres éléments que cela comporte. Dans les cas de décès rapportés, «l’arrêt cardiaque évoque un trouble du rythme», indique à 20minutes.fr le professeur Claude Le Feuvre, président de la Fédération française de cardiologie.

Dans ce cas, l’activité électrique du cœur devient anarchique, et ne permet plus son fonctionnement normal. Le sang n’est plus éjecté, le cœur s’arrête. «Mais les tests menés sur des personnes saines et des personnes ayant des antécédents cardiaques n’ont pas permis de mettre en évidence le déclenchement de troubles du rythme», indique le professeur Le Feuvre.

«Le risque n’est pas totalement nul»

«Les impulsions sont trop courtes», explique le cardiologue. Il existe d’ailleurs selon lui un risque très infime que l’impulsion électrique déclenche un trouble du rythme. Difficile cependant d’évaluer l’incidence de plusieurs coups de Taser rapprochés sur l’activité cardiaque.

«Le risque n’est pas totalement nul», reconnaît le cardiologue, qui évoque d’autres pistes. «Un stress important, quel qu’il soit, peut déclencher un trouble du rythme chez un patient prédisposé», indique-t-il. Une situation qui cadre bien avec une intervention policière qui se passe suffisament mal pour que les Tasers soient sortis.

Responsabilité directe ou indirecte

Chez d’autres patients, l’infarctus de stress ou le spasme coronarien peuvent avoir des conséquences similaires. Mais selon Claude Le Feuvre, le fait que le malaise n’interviennent pas immédiatement (comme dans le cas du sans papiers malien) «exclut la responsabilité directe de l’impulsion électrique.»

Taser a cependant reconnu un risque cardiaque qualifié de «minime» et a conseillé aux utilisateurs d’éviter de viser le thorax. «Je ne dis pas que le Taser a directement tué cet homme, mais bien que son décès est lié aux effets de cette arme», a déclaré Noël Mamère. L’autopsie dira s’il a raison.
 

Julien Ménielle
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