Jean Lalau-Keraly: «Il n'y avait pas d'obèses dans les camps de concentration»

INTERVIEW Deux spécialistes commentent l'efficacité des campagnes de prévention contre l'obésité infantile. Le Dr Jean Lalau-Keraly est plutôt pour...

Propos recueillis par Julien Ménielle

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Conformément à la charte signée par les professionnels de l’audiovisuel en 2009, plusieurs chaînes ont lancé dimanche une série animée visant à lutter contre l’obésité infantile. Une démarche en lien avec le Programme national «nutrition santé» (qui prône notamment les cinq fruits et légumes par jour). 20minutes.fr a demandé à deux spécialistes de la nutrition infantile leur point de vue sur ce type de campagne de prévention. Le Dr Jean Lalau-Keraly, endocrinologue-nutritionniste à l’hôpital Saint Vincent de Paul accueille l’initiative favorablement.

>> Patrick Tounian, pédiatre nutritionniste à l’hôpital Trousseau, affirme que «les campagnes à la télé n’ont pas d’effet pour prévenir l’obésité». Pour lire son interview, cliquez ici

Un dessin animé pour inciter les enfants à bien manger et à bouger, c’est efficace?
Tout ce qui est éducatif est positif. Ça ne me paraît pas insensé de vouloir éduquer les enfants à bien s’alimenter le plus tôt possible, de même qu’on leur enseigne les bons réflexes en matière d’hygiène corporelle et dentaire. C’est une très bonne façon de prévenir l’obésité. Mais bien évidemment, le message doit être confirmé par les parents.

Que répondez-vous à ceux qui estiment qu’on est de toute façon génétiquement programmé pour être obèse?
Il y a une injustice évidente qui fait qu’à alimentation et activité égales certaines personnes deviennent obèses et d’autres pas. Cette injustice a une origine génétique, mais on explore actuellement d’autres pistes, d’origines infectieuses, inflammatoires ou en rapport avec la flore intestinale qui pourrait jouer un rôle. Mais l’obésité c’est avant tout une inadéquation entre les dépenses et les apports énergétiques. Il n’y avait pas d’obèses dans les camps de concentration. Et le nombre d’obèses a augmenté au 20e siècle, alors que les facteurs génétiques n’ont pas été modifiés.

L’efficacité de la prévention est donc limitée...
Quand on suit 100 enfants obèses, un tiers continue à grossir, un tiers stagne, et un tiers guérit. Il faut donc se méfier des discours excessifs qui laissent à penser qu’il n’y a rien à faire, qui démobilisent et déresponsabilisent. La prévention grand public est importante, mais il faut aussi mettre le paquet sur le dépistage et orienter les enfants à risques vers des consultations spécialisées. Par ailleurs, il ne faut pas condamner que les excès, mais aussi les carences. Et n’oublions pas que ce type de messages est bénéfique pour prévenir d’autres problèmes, comme l’hypercholestérolémie ou le diabète.