• Depuis longtemps, les professionnels de santé et certains rapports dénoncent les conditions dramatiques de certains hôpitaux psychiatriques.
  • Des patients mis à l’isolement, sanglés, dans des conditions indignes... Plusieurs députés dénoncent les conditions indignes et le manque de soin des patients.
  • Le gouvernement pourrait prendre à bras-le-corps cette question taboue.

« Entre savoir que la psychiatrie rencontre des difficultés et voir des morts-vivants parqués, il y a un pas », avertit Barbara Pompili, députée LREM qui a poussé la porte de l’hôpital psychiatrique Pinel à Amiens il y a un mois et dénoncé la situation dramatique de ces patients. Des rapports alarmants, des grèves dans des hôpitaux psychiatriques à Rennes, Allones, Amiens, Bourges, des psychiatres qui dénoncent leurs conditions d’exercice dans une lettre à la ministre de la Santé… La psychiatrie semble bien malade.

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Une proposition de loi

Mais les politiques ne font plus la sourde oreille. Deux députés de deux bords différents ont braqué les projecteurs sur ce sujet tabou. Barbara Pompili (LREM) est invitée ce mardi à Matignon pour parler de la situation des hôpitaux psychiatriques après un échange préliminaire. « J’ai reçu une écoute attentive de la part du Premier ministre », assure-t-elle.

D’autre part, François Ruffin (La France insoumise) lance mercredi une proposition de loi pour que le budget des hôpitaux psychiatriques, gelé depuis des années, suive la même évolution que les autres hôpitaux, soit une hausse de 2 % par an environ. Une proposition de loi, que François Ruffin  qualifie de « minimale », mais signée par tous les groupes politiques, excepté LREM. Quant à la ministre de la Santé, elle a assuré qu’elle comptait lancer un « plan psychiatrie » et a dégelé 44 millions d’euros pour ces services. Autant de signaux encourageants pour ceux qui dénoncent les difficultés des hôpitaux psychiatriques depuis longtemps.

« Si on n’est pas fou en entrant, on est fou en sortant ! »

« Quand je suis arrivée sur place, j’ai compris ce que veut dire le manque de moyens dans un hôpital psychiatrique, synthétise Barbara Pompili. Des infirmiers me disaient qu’avec vingt malades, quand on est deux, on fait de la garderie, quand on est trois, du soin, quand on est quatre, on fait du soin psychiatrique. »

Et ce manque de moyens humains se traduit par une maltraitance dramatique des patients : certains sont attachés par manque de personnel, d’autres voient un médecin toutes les trois semaines… « Les infirmiers choisissent à qui ils donnent des couvertures, se lamente la députée. Et doivent s’occuper du ménage au lieu de soigner les patients. »

Même constat du côté de François Ruffin, qui sort un livre sur ce même hôpital psychiatrique, « où certains patients dorment à quatre dans une chambre pour deux… depuis un an et demi. Si on n’est pas fou en entrant, on est fou en sortant ! »

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Des drames pour les patients comme les soignants

Cette situation catastrophique à Amiens n’est pas rare. Deux rapports récents de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté pointent le recours trop courant à la contention  et le manque de moyens matériels et humains en pédopsychiatrie. « Les chiffres sont connus, mais les rapports sont enterrés, regrette Barbara Pompili. Ce que j’ai vu n’est pas digne du XXIe siècle, ni du pays des Droits de l’Homme. Malheureusement les retours que j’ai depuis montrent que c’est loin d’être un cas isolé. » Avec à la clef des conséquences parfois dramatiques. « Certains patients sortent sans avoir bénéficié du soin adapté, dehors ils peuvent être des dangers pour eux-mêmes ou pour d’autres », s’inquiète-t-elle.

Du côté des soignants, le désespoir est également de mise. « C’est affreux d’enfermer pendant des heures voire des journées entières, quelqu’un qui va mal, se lamente Nelly Derabours, infirmière de secteur psychiatrique et militante syndicale à Sud Santé Sociaux. Les soignants ont mal à leur éthique… »

Les raisons de la crise

Comment en est-on arrivé à là ? Les moyens ont baissé : le budget stagne depuis dix ans, dénonce François Ruffin. « Dans notre société, on fait des économies sur ce qui se voit le moins », reprend le député. Ce qui se traduit pas une baisse du nombre d’infirmiers. Qui par ailleurs, n’ont plus de cursus spécifique pour exercer en psychiatrie depuis 1992. Quant aux psychiatres, l’attractivité du métier a beaucoup baissé. « Le manque de moyens et de formation est commun à tous les hôpitaux psychiatriques, mais dans certaines zones de désert médical, c’est encore plus tragique », insiste Nelly Derabours.

Autre conséquence : 50 % des lits hospitaliers en psychiatrie ont été fermé en trente ans. Avec pour argument que les patients seraient mieux traités dans des structures alternatives : appartements thérapeutiques, maisons d’accueil spécialisées. Or, il y en a trop peu, on n’en construit plus et certaines ferment. Donc des patients sont réorientés vers l’hôpital… qui manque de place. « Certaines personnes autistes par exemple se retrouvent dans ces hôpitaux psychiatriques en longue durée parce qu’il n’y a rien d’autre à proposer », regrette François Ruffin.

Enfin, ces services se retrouvent surchargés… en raison de soins déficients. « La spécificité de la psychiatrie, les études le montrent, c’est que les diminutions de personnel aboutissent à une hausse de prescriptions de médicaments, du temps à l’isolement et des temps d’hospitalisation », analyse Bruno Caron, psychiatre qui a signé la lettre des médecins hospitaliers à la ministre. C’est le serpent qui se mord la queue : il y a moins de personnel, plus de patients et qui restent plus longtemps…

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Comment améliorer la situation ?

« Il faut réorganiser l’hôpital, qui produit des directives inapplicables, loin des réalités », reprend ce psychiatre. « Il ne suffit pas de dénoncer, la réponse c’est des moyens pour mettre du personnel, le former, le payer davantage, complète l’infirmière.

Barbara Pompili assure qu’il faut un plan en deux temps : « en urgence, remettre des moyens pour offrir un minimum de décence et de soin. Mais il faut également un plan de long terme pour remettre sur pied un réseau de soin extra-hospitalier. Mais ces deux pistes doivent être lancées maintenant, on ne peut plus faire comme si on ne savait pas ! »